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Percée de l'extrême droite: la fin de l'exception allemande

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L'extrême-droite allemande (AfD) a effectué une percée exceptionnelle lors de trois élections régionales. Une "normalisation", analyse la spécialiste de l'Allemagne Hélène Miard-Delacroix.

L'extrême droite allemande s'installe dans le paysage politique. Le mouvement Alternative pour l'Allemagne (AfD) a recueilli entre 12,4% et 24,3% des voix lors des trois scrutins pour les parlements régionaux qui se tenaient dimanche. Du jamais-vu dans une élection de ce type dans l'Allemagne d'après-guerre.

"Une normalisation", selon la spécialiste de l'Allemagne, Hélène Miard-Delacroix. "L'exception qu'était l'Allemagne avec l'absence d'un parti populiste n'existe plus. Ça fait partie des virages que l'on regardera dans quelques années en se disant que la crise des migrants a fait lever cette impossibilité de dire qu'on n'aimait pas les autres", analyse-t-elle.

L'AfD pourrait entrer au Budenstag

Avec l'AfD, et en raison du mécontentement provoqué par l'arrivée d'un million de migrants en 2015 dans le pays, le sentiment gagne du terrain qu'une césure est en train de se produire. Au vu des sondages actuels le parti pourrait entrer au Bundestag, la chambre fédérale des députés, lors des élections législatives en 2017, ce qui serait sans précédent pour un mouvement de ce type, que le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a qualifié récemment de "honte pour l'Allemagne".

Parallèlement la CDU d'Angela Merkel a reculé. Si les médias parlent de "déroute" pour la chancelière, Hélène Miard-Delacroix veut nuancer: " Je ne dirais pas que c'est une débâcle pour Angela Merkel. Il est frappant que son parti a reculé partout. Il n'a pas reculé de manière catastrophique. A l'ouest de l'Allemagne par exemple, la CDU n'était pas au pouvoir, donc il a reculé en chiffres mais il n'a pas gagné".

"Pour Merkel, le terme 'chrétien' signifie avoir des valeurs humanistes"

Il faut dire que le recentrage de la CDU menée par la chancelière depuis 10 ans a éloigné certains électeurs: "Ceux qui la sanctionnent le font pour cette ligne de conduite qu'elle tient, c’est-à-dire qu'elle est à la tête d'un parti chrétien-démocrate et elle entend le terme chrétien non pas comme islamophobe mais qui considère que chrétien c'est d'avoir des valeurs humanistes. Elle a mené son parti relativement au centre", estime Hélène Miard-Delacroix.