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Salle de sport pour Abdeslam: "C'est la situation de tout détenu placé à l'isolement"

Invité de Carrément Brunet ce lundi sur RMC, l'avocat pénaliste Etienne Noël, a estimé qu'il n'y avait pas à polémiquer à propos des conditions de détention de Salah Abdeslam, après qu'un député Les Républicains se soit étonné que le détenu bénéficie d'une salle de musculation privée.

Non, Salah Abdeslam ne bénéficie pas d'un régime de faveur à la maison d'arrêt de Fleury-Merogis, comme le sous-entend le député LR Thierry Solère, qui s'est étonné dans un courrier au ministre de la Justice que le détenu le plus surveillé de France puisse bénéficier d'une salle de sport pour lui tout seul. "C'est la situation de tout détenu placé à l'isolement", rappelle ce lundi dans Carrément Brunet l'avocat pénaliste Etienne Noël, spécialiste en droit pénal, application des peines et droits administratif pénitentiaire. "J'ai des clients qui sont à l'isolement dans de nombreux établissements pénitentiaires, et tous ont leur cellule individuel. Ils utilisent eux aussi seuls la salle de sport ou la salle de gym. Ce n'est pas une mesure de faveur, c'est inhérent au placement à l'isolement".

L'avocat rappelle que l'isolement "est en soi une souffrance parce que vous ne voyez pas un être humain de la journée". "A l'isolement, vous êtes totalement coupé du reste de la population carcérale. Le Conseil d'Etat a dit que cela pouvait avoir des conséquences lourdes sur le plan psychologique".

"Il faut lutter contre le sentiment de vengeance"

Depuis son transfèrement en France, le 27 avril dernier, Salah Abdeslam, seul membre encore en vie du commando jihadiste responsable des attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, occupe une cellule du quatrième étage du bâtiment D3, qui a été entièrement vidé pour l'accueillir. "Les trois cellules vides à côté de lui doivent permettre de pallier à un éventuel problème dans sa cellule, mais elles ne sont pas à sa disposition, assure Me Etienne Noël. Ces cellules de rechange sont effectivement spécifiques à Abdeslam mais je suis certain que c'est pour éviter un transfèrement (dans un autre bâtiment ou une autre prison, NDR) en cas de problème".

Pour l'avocat, l'ampleur prise par cette polémique illustre la haine ressenti contre Salah Abdeslam. "Les crimes d'Abdeslam me révulsent autant que tout le monde, mais il faut lutter contre le sentiment de vengeance", plaide Me Etienne Noël. "A partir du moment où on laisse prédominer le sentiment de vengeance et qu'on veut le plus grand mal à Salah Abdeslam en exigeant qu'il soit détenu dans les conditions les plus sévères possibles – j'ai entendu des gens qui seraient prêts à rouvrir le château d'If (château-prison au large de Marseille, fermée depuis 1926, NDR) - on se met au même niveau que lui. C'est ce que nous devons éviter".

P. G. avec Eric Brunet