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Un ex-espion raconte comment un informateur s’est radicalisé en quelques années

Paul-Louis Voger, ancien agent du renseignement, raconte comment la fusion DST-RG en 2008 a conduit à la perte de contact avec certains informateurs. Un d'entre eux s'est même totalement radicalisé car il n'a "pas été cadré" selon lui.

Paul-Louis Voger (nom d'emprunt), ancien cadre à la Direction centrale du Renseignement Intérieur (DCRI, ex-DGSI), qui vient de publier Je ne pouvais rien dire (Editions L’Archipel).

"Julien, c’était un jeune un peu dans l’errance en raison de fractures familiales, il se convertit à l’islam. On le repère, on le ‘tamponne’, et on va l’accompagner, on le met en quelque sorte à l’essai.

L’objectif c’est de l’envoyer dans le deuxième cercle, c’est à dire la mouvance fondamentaliste locale, pour récupérer des infos, des infos sur les prêches radicales ou non, détecter d’autres religionnaires potentiellement dangereux. Il nous intéresse et nous donne quelques infos.

Puis arrive la fusion DST-RG. On propose le suivi, mais il fallait faire des priorités. Moi je considère qu’il faut le garder, c’est un type qui peut nous servir, peut-être pas tout de suite, mais dans l’avenir. Il faut investir dans la durée dans le renseignement.

"Ce type là normalement il est dans notre camp, on l'avait en main !"

Puis je suis ensuite affecté dans une autre mission et je quitte mon poste. Le dossier, je ne dis qu’il se perd, mais j’apprends ensuite que quelques années après ce jeune homme est revenu à la case prosélytisme très actif car il n’a pas été tenu en main par les services. C’est devenu un fondamentaliste, c’est quelqu’un qui fait beaucoup de mal dans les quartiers. Il pousse à la conversion au repli identitaire, il s'est radicalisée.

Je tombe des nues ! Ce type là normalement il est dans notre camp, on l'avait en main ! C'est un cas, mais je ne veux pas en faire un 'focus' unique. C'est pour ça qu'on a eu Merah etc." 

J.A. avec Radio Brunet