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Affaire Vincent Lambert: les directives anticipées auraient-elles pu éviter cette bataille autour de sa fin de vie?

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Vincent Lambert, patient en état végétatif depuis près de 11 ans dont le décès a été annoncé jeudi à l'issue d'un arrêt des traitements, a été pendant six ans au coeur d'une bataille judiciaire qui a déchiré sa famille. Les directives anticipées, qui permettent à une personne de détailler ce qu'elle souhaite ou pas pour sa fin de vie notamment en cas d'accident grave, auraient-elles pu éviter cela?

La mort de Vincent Lambert à la suite de l'arrêt de ses traitements doit amener la société à en "tirer les leçons" au plan juridique, a déclaré jeudi l'avocat de François Lambert, neveu du patient, estimant qu'il faut être "plus courageux dans la façon dont on aborde la fin de vie".

Le cas de Vincent Lambert a déchiré sa famille: d'un côté ses parents, fermement opposés à un arrêt des traitements; de l'autre son épouse, son neveu François et six frères et soeurs, qui dénonçaient un acharnement thérapeutique.

Dans ce cas précis se pose une question: les directives anticipées auraient-elles permis de ne pas avoir ce débat interminable entre d’un côté ceux qui veulent le maintenir en vie et de l’autre ce qui estime qu’il vaut mieux le laisser partir ? 

Jeudi matin, le coauteur de la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie, Alain Claeys, a appelé les Français à rédiger leurs dernières volontés. Le maire socialiste de Poitiers et ancien député a estimé que l'enjeu des débats était "de connaître ce qu'était la volonté de Vincent Lambert" et a rappelé l'importance d'écrire "des directives anticipées" et de désigner "une personne de confiance" pour éviter "ce triste parcours".

"Je ne sais pas s'il faut rendre obligatoires (ces directives anticipées)", a toutefois nuancé Alain Claeys, tout en préconisant une campagne de sensibilisation auprès du grand public. Pour lui, "on meurt mal dans ce pays" et "c'est un constat partagé par tous".

"Obstination déraisonnable"?

Pour l’avocat Gilles-William Goldnadel, pas forcément. En effet, la "Grande Gueule" de RMC estimait en mai dernier que malgré les rapports et avis des médecins, il y a une polémique sur l’État de la conscience de Vincent Lambert et que donc la présence de directives anticipées n’aurait rien changé. 

Un avis que semblait également partager Fatima Aït Bounoua. En effet, si elle confiait réfléchir à rédiger elle-même ses directives, notamment pour préserver sa famille, elle estime que certains points ne sont pas assez clairs et portent à confusion.

"Quand on se penche sur la question, on a des termes comme ‘obstination déraisonnable’, ‘maintien artificiel’, ‘sédation profonde’... Mais par exemple à partir de quand parle-t-on d’’obstination déraisonnable’? Ce qui fait que parfois, on se dit, que pour soulager notre famille on va donner nos directives, mais dans quelle mesure on va les soulager autant qu’on veut?", se demande-t-elle. 

Les directives anticipées sont des instructions écrites permettant d'indiquer à l'avance ses volontés sur les décisions médicales à prendre au cas où on arrive en fin de vie et qu'on n'est plus capable de s'exprimer.

Elles permettent de stipuler qu'on s'oppose à l'acharnement thérapeutique et "s'imposent au médecin", selon la loi Claeys-Leonetti. Elles priment sur tout le reste, y compris les témoignages des proches.

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Et vous, avez-vous déjà rédigé vos directives anticipées? C'est la question que vous pose Eric Brunet sur RMC.

Guillaume Descours et Xavier Allain