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Blessé par un tir de flashball : "Ils ont continué à tirer même quand j'étais à terre"

Un policier muni d'un flashball. (Photo d'illustration).

Un policier muni d'un flashball. (Photo d'illustration). - AFP

TÉMOIGNAGE – Amine, 14 ans, a été hospitalisé après avoir reçu un tir de flashball dans l'entrejambe dans la nuit de lundi à mardi 14 juillet alors qu'il jouait avec des pétards près d'un groupe d'émeutiers. Son père va porter plainte ce jeudi pour violence volontaire et abus de pouvoir des policiers.

Un adolescent, blessé par un tir de flashball, et son père dénoncent une bavure policière. Dans la nuit de lundi à mardi, Amine, 14 ans, était parti se recueillir à la mosquée du Val nord à Argenteuil (Val d'Oise) pour une prière nocturne dans le cadre du ramadan. Il était accompagné de quatre amis du même âge. À la sortie de la mosquée, ils ont allumé les quelques pétards que le père d'Amine leur avait acheté pour leur faire plaisir. Il était environ 2h du matin. A quelques dizaines de mètres d'eux, des policiers étaient aux prises avec des personnes qui leurs jetaient des pierres. Selon les adolescents, des policiers se seraient alors positionnés en haut d'un escalier au-dessus des cinq amis et les auraient visés avec leurs armes, avant de tirer.

"La personne m'a visé d'en haut et m'a tiré dessus"

Seul Amine a été touché par une balle de flashball, reçue dans le bas-ventre. "J'ai vu la personne qui a tiré, témoigne Amine sur RMC. Je l'ai vu elle m'a visé d'en haut et elle m'a tiré dessus. J'ai senti le choc, je suis tombé à terre. Ils ont continué à tirer même quand j'étais à terre. Mes copains m'ont ramassé, m'ont ramené chez moi et de chez moi je suis parti à l'hôpital". Hospitalisé, il a été opéré quelques heures plus tard, les chirurgiens lui évitant de peu l'ablation d'un testicule. "Là, je ne dois pas bouger pendant un mois, explique l'adolescent. Je ne peux pas faire de sport, ni aller à la piscine ou à la mer, je dois rester allongé". Il l'assure, "on a fait des petits pétards sans effet, qui faisaient juste du bruit, pour s'amuser. On n'avait rien à faire avec les émeutiers".

"Ils n'avaient rien à se reprocher"

Son père va porter plainte ce jeudi pour violence volontaire et abus de pouvoir. "Ils ont été visés alors qu'ils n'avaient rien à voir. Ils n'étaient pas en train de courir ou de jeter des pierres, ils n'insultaient pas. Ils n'avaient rien à se reprocher", estime Mustapha. "A l'époque quand il y avait des débordements (avec les pétards) il y avait des confiscations, un rappel à la loi, on les grondait un peu. Mais là de cavaler derrière les gamins, de faire une chasse à l'homme dans le quartier et de tirer à vue, c'est inexcusable ! On faut vraiment mettre le doigt sur les responsables et qu'ils soient poursuivis".

"Vous utilisez un flashball en état de légitime défense"

Frédéric Jung, responsable départemental du syndicat SGP-Police-FO, a des doutes sur la version d'Amine. "Le flashball est là pour dissuader. Vous faites usage du flashball surtout pour vous dégager, parce que vous êtes pris à partie entre des jets de projectiles. Vous utilisez un flashball lorsque vous êtes en état de légitime défense. Je ne vois pas du tout un policier l'utiliser hors de cadre-là". Pour comprendre ce qu'il s'est passé, une enquête a été ouverte par la direction départementale de la police.

P. G. avec Benoît Ballet