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"Ce sont des pompes à fric": les voitures-radars privatisées se déploient dans trois nouvelles régions

Déjà présentes en Normandie, ces voitures vont être mises en place en Bretagne, Centre-Val-de-Loire et Pays-de-la-Loire. Avant la possible arrivée dans quatre nouvelles régions d'ici la fin 2020.

Après la Normandie depuis 2018, trois nouvelles régions vont expérimenter dans les prochains jours le radar embarqué privatisé. Soixante voitures de sociétés privées qui flashent quand vous allez trop vite vont donc débarquer en Bretagne, Centre-Val-de-Loire et Pays-de-la-Loire.

L'objectif du gouvernement est d'étendre ce dispositif au cours de l'année. Quatre régions supplémentaires seront concernées d'ici fin 2020 : le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté, les Hauts-de-France et la Nouvelle-Aquitaine.

Sur la grande route qui traverse le village de Caule-Sainte-Beuve, en Seine-Maritime, les voitures roulent au pas. Peut-être par peur des radars embarqués. Delphine ne s'est encore jamais fait prendre. Elle essaie de s'adapter.

"Ça pend au bout du nez de tout le monde. En agglomération, c’est 50 km/h, et il y a beaucoup d’agglomérations chez nous. Et donc on regarde toujours le compteur donc c’est fatiguant. Un moment d’inattention et on est tout de suite à 60 km/h. Vu la puissance des voitures, aujourd’hui, c’est difficile de tenir le 50 voire le 70 km/h", affirme-t-elle. 

Car ces radars sont embarqués sur des voitures banalisées. Des modèles très répandus tels que des Ford Focus ou des Peugeot 308 par exemple. Et ça, certains habitants ont beaucoup de mal à l'accepter."Je trouve ça encore plus dangereux qu’autre chose parce qu’on est tout le temps obligé de regarder notre compteur. C’est une question d’argent et on est encore des vaches à lait", estime une habitante. "À moto, on ne peut pas rouler. On est obligé de rouler à 80km/h... Ça nous saoule tous", affirme un autre. 

Un impact sur le nombre d'accidents

Alors tous ont applaudi quand leur maire, Chantal Benoît, a pris un arrêté pour interdire ces radars embarqués sur la commune. Il a depuis été annulé par la justice.

"C’est une atteinte au monde rural. Ici, vous pouvez aller jusqu’à chez le boulanger à pied et c’est tout. Vous devez prendre votre voiture pour aller travailler, pour aller chez le dentiste, le médecin, pour faire vos courses... Donc ce sont des pompes à fric ces voitures radars", estime-t-elle.

Elle dénonce aussi le recours à des chauffeurs salariés d'une entreprise privée pour conduire ces voitures. Un vrai problème, donc, selon elle. Une solution, au contraire, pour Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière.

"Ce système nous a permis que ces voitures, là où elles sont implantées en Normandie, tournent à peu près cinq heures par jour. Grâce à ça, on a augmenté le nombre d’heures de présence et donc la crainte que l’on peut avoir de croiser un de ces véhicules sur les routes. Donc ça nous oblige à être plus attentif", explique-t-il.

L'expérimentation menée en Normandie est d'ailleurs pour lui un succès, avec notamment 6000 contraventions envoyés par mois et surtout, une baisse du nombre d'accidents.

Martin Bourdin avec Guillaume Descours