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"Choc, angoisse, culpabilité": le calvaire des parents d'enfants disparus

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Chaque année en France, près de 50.000 enfants disparaissent (fugue, enlèvement parentale et disparition inquiétante). Commence alors pour leurs parents une douloureuse et parfois longue attente. Gwenaëlle Buser travaille en tant que psychologue clinicienne au CFPE – Enfants disparus. Elle accompagne une cinquantaine de familles dans cette épreuve.

Gwenaëlle Buser est psychologue-clinicienne au Centre français de protection de l'Enfance – Enfants disparus.

"Au moment de la disparition, le parent est dans un état de sidération, de choc. Nous, en tant que psychologues, n'avons pas accès aux parents dans ces moments-là. Ils sont en général dans une incapacité de penser, ils viennent juste d'être confrontés à ce traumatisme qu'est la disparition de leur enfant.

C'est plus tard que les parents recherchent de l'aide auprès des psychologues. Ils ont d'abord leur entourage, et quand la disparition commence à s'ancrer dans le temps, ils cherchent de l'aide à l'extérieur. L'impact du traumatisme commence à s'étioler et ils entrent dans une attente. Ils sont dans un non-savoir, ils ne savent pas où est leur enfant, ou dans quel état psychique et physique ils se trouve. Donc ils se retrouvent face à une palette de possibilités. Tout est imaginable, et même le pire.

Dans le cas des disparitions longues, le deuil n'est pas possible. Les parents peuvent réagir de deux manières. Certains s'effondrent, tombent dans la dépression. Le parent se retrouve vidé, fatigué, dans l'incapacité de faire quoi que ce soit, pris dans les angoisses et la culpabilité. Et d'autres parents prennent le contrepied et plongent dans l'action. Ils s'investissent dans les recherches, avec les médias, les autorités. Ils sont dans l'agitation pour essayer de tout soulever, afin de ne pas penser et de ne pas tomber dans la dépression, qui est latente.

C'est important pour les parents que l'on n'oublie pas leurs enfants. Par exemple, en tant que psychologue, je vais prendre des nouvelles plus ou moins régulièrement car il y a cette volonté de ne jamais clore le dossier.

Nous avons aussi des groupes de parole. Ça aide les parents à sortir de leur isolement. Même s'ils sont entourés, quand la disparition dure longtemps, les familles n'osent plus déranger leurs proches. Il est aussi important pour elles de pouvoir échanger avec des gens qui en sont à des étapes différentes d'une disparition: des familles dont l'enfant est déjà revenu, où dont l'enfant vient de disparaitre.

"Il peut toujours y avoir l'angoisse que le lien soit de nouveau rompu"

Et quand l'enfant revient, tout dépend de la durée de sa disparition. C'est souvent par la suite que ça devient plus compliqué. Une disparition a des conséquences pour l'enfant et pour le parent. Il y a des conséquences immédiates du choc, des retrouvailles, mais en général les familles sont bien entourées dans ce moment-là. Mais après la famille se retrouve seule et là s'entame le travail de la reprise du lien qui s'est rompu violemment. Et selon l'âge de l'enfant, il ne va pas forcément pouvoir raconter ce qu'il a vécu. Ca va venir petit à petit au cours d'un long travail psychique et là, le parent peut rester un long moment sans savoir ce qui s'est passé. Et pour l'enfant et le parent, il peut toujours y avoir cette angoisse que le lien soit de nouveau rompu.

Pour l'enfant, les conséquences immédiates vont vite disparaître mais il y a des conséquences différées qui peuvent ressortir à l'âge adulte. Ça peut être au moment de l'adolescence - le fait de rompre les liens -, au moment de l'âge adulte ou au moment du premier enfant".

Propos recueillis par Paulina Benavente