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Cigarette au lycée et état d'urgence: "Je dois appliquer la loi et exposer mes élèves"

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Après les attentats du 13 novembre, un certain nombre de lycées ont décidé de rétablir les zones fumeurs dans l'enceinte des établissements. Pas du goût des associations anti-tabac qui ont attaqué au moins 4 établissements au tribunal administratif. Pour Pascal Charpentier, du bureau national du SNPDEN (Syndicat des personnels de direction) et proviseur, "il faut hiérarchiser les risques".

"Dès que l'état d'urgence a été décrété, et fort de la circulaire de la ministre Najat Vallaud-Belkacem qui parlait de zone spécifique qui pouvait être créée au sein des établissements, nous avons fait une zone fumeurs.

Quand il y a eu la décision du tribunal administratif et la position très claire de la ministre qui a estimé qu'il ne devait pas y avoir de zone fumeurs dans les établissements scolaires, j'ai supprimé cette zone. Que s'est-il passé? Les élèves sont ressortis dehors pour fumer.

Tout le monde sait qu'il y a l'état d'urgence, tout le monde connait la problématique, ça veut dire que l'état comme la justice ont fait le choix de donner raison à la loi Evin et aux associations anti-fumeurs et laissent les chefs d'établissement se débrouiller.

Pourquoi ne pas changer la loi Evin le temps de l'état d'urgence?

On nous dit que les attroupements sont fortement déconseillés. Mais je ne peux pas contrôler toutes les allées et venues de mes élèves. Ou alors il faudrait que je ferme mon lycée de 9h à 18h! On a quand même bien pris d'autres mesures en rapport avec l'état d'urgence. Il faut faire des choix.

"Il y a une hiérarchie des risques, c'est une question de bon sens"

Aujourd'hui on est devant une injonction contradictoire: je ne dois pas faire fumer mes élèves à l'intérieur et je ne dois pas avoir d'attroupements devant mon établissement. Il y a une hiérarchie des risques, c'est une question de bon sens.

Je préfèrerais avoir une zone fumeurs à l'intérieur de mon établissement. Au moins, je ne mets pas des élèves sur un trottoir: selon la configuration de l'établissement, parfois cela peut être dangereux si les trottoirs sont étroits et qu'il y a de la circulation.

Et quand ils vont fumer devant mon établissement, les dealers se retrouvent face à ce public assez captif.

Les associations pensent que c'est l'occasion de dire aux étudiants d'arrêter de fumer. Mais s'il suffisait de ne pas avoir de zone fumeurs dans les établissements scolaires pour qu'ils arrêtent de fumer ça serait déjà le cas!

Quand ils sont sur le trottoir en train de fumer, j'ai vu davantage de dealers que de membres d'association contre le tabac qui seraient venus faire un peu de prévention. Je ne les vois pas!"

P.B.