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CRS épuisés par le plan Vigipirate: "Je ne vois pas mes enfants grandir"

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Plusieurs compagnies de CRS à Toulouse, Nancy et Lyon se sont mis collectivement en arrêt maladie afin de manifester leur grogne contre les effets du plan Vigipirate qui les "épuise".

Le plan Vigipirate met à rude épreuve les forces de l'ordre et particulièrement les CRS. Conséquence: ils se mettent en arrêt maladie. Concrètement, depuis la semaine dernière, trois compagnies de CRS se sont mis collectivement en arrêt maladie afin de faire part de leur mécontentement contre les effets du plan Vigipirate qui les "épuise".

Le mouvement a débuté dans la compagnie de Toulouse vendredi avant de s'étendre ce mardi à Lyon et Nancy. A Toulouse, environ 30 policiers (sur 80) se sont donc fait arrêter par leur médecin. C'est le cas du mari de Sophie. Interrogée par RMC, cette mère de quatre enfants assure que depuis des semaines son époux ne compte pas ses heures. "Au quotidien, on ne peut rien prévoir car on est toujours dans la crainte d'un coup de fil de dernière minute. Cela veut dire rendez-vous annulés et déception chez les enfants parce que papa n'est pas présent et que quand il rentre, il est fatigué et ils savent qu'il ne faut pas trop le déranger", détaille-t-elle.

"On n'en peut plus"

A Lyon, ce sont 23 policiers (sur 80) qui sont soudainement "tombés malades" et 39 (toujours sur 80) à Jarville près de Nancy. Une façon pour ces fonctionnaires qui ne disposent pas du droit de grève de faire entendre leur colère. "Je suis épuisé physiquement et moralement. Je ne vois plus ma femme, je ne vois même pas mes enfants grandir", assure Alexandre (prénom modifié), CRS à Lyon et qui vient de se mettre en arrêt maladie.

"On n'en peut plus. On enchaîne les nuits, les missions de garde statique avec des gilets de 20 kilos. Et même si on est rompu à ce type d'exercice, moi je n'y arrive plus", poursuit-il, à bout. Le problème? "Il y a une rupture avec la hiérarchie. Nos grands chefs sont déconnectés de la réalité du terrain", estime Alexandre avant d'insister dans Bourdin Direct: "J'ai bientôt 11 ans de métier et pour que je me mette en arrêt maladie c'est vraiment que je n'en peux plus".

"Une promiscuité permanente"

Christian Barcouda, CRS à Toulouse et représentant de l'Unsa-police, n'est pour sa part pas en arrêt de travail. Mais il dit comprendre ses collègues: "On travaille de jour comme de nuit pendant trois semaines avec un seul jour de repos. Et ce n'est même pas nous qui le choisissons, dénonce-t-il sur RMC. Trois semaines en déplacement, c'est très long surtout dans les conditions d'hébergement que nous avons. On est deux par chambre, sans vraiment d'intimité. Il y a une promiscuité permanente".

Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi de nombreux problèmes de planning. "Régulièrement, à la fin des missions, on nous rajoute un ou deux jours supplémentaires. On avait pris des rendez-vous chez le médecin, le dentiste ou le garagiste et donc tout ça, ça tombe à l'eau au dernier moment. Donc forcément cela altère l'état psychologique et physique des collègues et pèse sur le moral des troupes".

Maxime Ricard avec Claire Checcaglini