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De plus en plus de logements sécurisés: "Un syndrome de notre société individualiste"

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- - Boyan Topaloff - AFP

Digicodes, interphones, alarmes, blindages… De plus en plus de logements disposent d'au moins un dispositif de sécurité, selon une étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), évoquée ce mercredi sur RMC. Une sécurisation symbole des peurs et du repli sur soi de notre société, explique le sociologue Guy Tapie.

"On voit se mettre en place des systèmes de filtrage de plus en plus important. C'est un mouvement qui s'est enclenché il y a une vingtaine d'années, quand a surgi le sentiment d'insécurité. On a vu émerger une offre d'habitat de la part de promoteurs immobiliers privés qui vendaient ou louaient leurs logements avec un argument sécuritaire au travers de barrières, de digicodes, de contrôles à l'entrée...

"Se protéger d'actes de délinquance, mais pas que…"

On cherche à se protéger d'actes d'incivilités ou de délinquance. Parallèlement il y a la crainte de la vie urbaine, de la ville, des conflits avec d'autres types de population. Mais l'insécurité ce n'est pas seulement la peur de la délinquance et des cambriolages, c'est aussi la crainte de la mondialisation, de la libéralisation, c'est la perte de repères sociaux, la fragilité des appartenances familiales et sociales. C'est tout un ensemble de choses qui fait que l'on a envie de se protéger et l'habitat traduit effectivement ce désir de protection.

Cet habitat est aussi le syndrome de notre société individualiste. On veut se créer sa propre bulle pour son bien-être personnel en tentant de s'extraire d'un monde social jugé anxiogène. Cette dernière dimension est très importante.

L'idée, c'est de se constituer une sorte de refuge, de repli, pour privilégier une vie personnelle, intime et affinitaire en sélectionnant les personnes avec qui on va être en contact.

Là, ce n'est pas que la peur qui est le moteur c'est aussi la volonté de construire son propre univers à soi pour préserver son intimité, sa capacité à agir sur son espace de vie. En filtrant les entrées, on filtre les gens qui entrent dans notre intimité.

"Privilégier l'entre soi"

Ce repli sur soi va de pair avec la défiance vis-à-vis du collectif et du vivre ensemble: c'est privilégier l'entre-soi entre groupes sociologiquement, culturellement et ethniquement proches. On produit d'ailleurs en France beaucoup plus de résidences sécurisées sur le modèle des gated communities (résidences fermées) américaines, fondé sur la protection et la vie entre soi d'une catégorie de population, notamment les personnes âgées, et là encore importé par les promoteurs français.

Aujourd'hui on parle beaucoup de vivre ensemble, de nouvelles solidarités, de partage et il y a effectivement des formes d'expression de ces nouvelles solidarités, dans l'habitat participatif ou coopératif par exemple. Mais c'est quand même assez secondaire et émergent. Je pense qu'on est plus dans un mouvement de sécurisation que dans un mouvement de coopération et de solidarité."

P. G.