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Déchéance de nationalité: ce qu'en pensent les principaux intéressés, les binationaux

Le débat sur la déchéance de nationalité enfle

Le débat sur la déchéance de nationalité enfle - AFP

TEMOIGNAGES - En décidant d'inscrire la déchéance de la nationalité des binationaux dans la Constitution, François Hollande et Manuel Valls divisent la gauche et déstabilisent la droite, prise de court. Mais alors que le débat continue d'agiter la vie politique, la voix des principaux intéressés, les binationaux, est rarement entendue. Comment réagissent-ils à cette mesure? RMC est allée leur poser la question.

Manuel Valls est à nouveau monté au créneau lundi pour défendre l'élargissement, très contesté à gauche, de la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français et condamnés pour terrorisme, renvoyant à ses détracteurs l'accusation de faire le jeu de l'extrême droite. Mais alors que la classe politique n'en finit plus de se diviser sur ce projet, qu'en pensent les principaux concernés ? Comment réagissent les binationaux à cette mesure ? RMC est allée leur poser la question.

"Je trouve ça logique"

Un drapeau tricolore scotché à la vitrine de son atelier de couture depuis les attentats du 13 novembre, Raouf, franco-tunisien, estime que cette mesure aurait dû être prise depuis longtemps. "Le terrorisme, c'est très grave. Ces gens-là n'ont rien à faire en France et si l'Etat pense qu'il faut leur enlever leur nationalité parce qu'ils nuisent à la France, je trouve ça logique, souligne-t-il. Pour protéger la France, pour avoir la paix, il y a certaines mesures à prendre".

Un argument que n'accepte pas Nadège Abomangoli, élue socialiste en Seine-Saint-Denis et franco-congolaise. "Moi, en tant que binationale, je ne me sens pas concernée par cette mesure parce que je sais que je ne sombrerais pas dans le terrorisme. En revanche, il y a un glissement, une rupture avec ce qui nous lie à la République, déclare-t-elle. Cela induit l'idée selon laquelle il y a des Français qui, selon les crimes qu'ils font, ne seraient pas punis de la même manière".

"Une rupture"

Alors que le débat enfle, elle tente d'alerter l'opinion sur le danger que représenterait l'extension de la déchéance de nationalité: "Demain, nous ne savons pas par qui ce pays sera dirigé et nous ne savons pas quelle instrumentalisation et quelles dérives pourraient découler du fait d'avoir inscrit cela dans la Constitution. Des populistes, des extrémistes, que diront-ils? Peut-être que brûler un drapeau méritera la déchéance de nationalité…"

Elle ajoute: "Florian Philippot a indiqué qu'une fois le principe acquis, il veut l'étendre. Mais jusqu'où?" De plus, Nadège Abomangoli l'assure: elle a reçu plusieurs coups de téléphone de proches ou de militants binationaux qui s'estiment stigmatisés par le débat autour de cette réforme. De son côté, Georges Fenech, député LR du Rhône, approuve la déchéance de nationalité: "94% des Français comprennent qu'il faut cette mesure qui est un signal fort, un symbole. Le Premier ministre et le président ont raison de la proposer".

Maxime Ricard avec Victor Joanin