RMC

Détenu au Qatar, "Jean-Pierre Marongiu a commencé une grève de la faim"

Qatar, photo d'illustration

Qatar, photo d'illustration - FAYEZ NURELDINE / AFP

Incarcéré depuis septembre 2013 pour des chèques impayés, Jean-Pierre Marongiu purge une peine de sept ans au Qatar. Après de nombreuses demandes de transfert, il a commencé une grève de la faim pour débloquer sa situation. Son avocate, Debborah Abitbol revient sur son combat.

Debborah Abitbol, 40 ans, est avocate au barreau de Paris et de Jérusalem depuis 2004. Avocate de Jean-Pierre Marongiu depuis novembre dernier, elle raconte le parcours de son client, emprisonné au Qatar pour des chèques impayés. 

"Jean-Pierre Marongiu a commencé une grève de la faim, dimanche dernier. Depuis, je n’ai plus aucune nouvelle de lui. Et je dois avouer que je suis assez inquiète.

Son dossier est aujourd'hui au point mort. Du côté français, nous n’avons aucune réponse des pouvoirs publics, de l’ambassadeur ou des politiques. Côté qatari, même les traductions arabo-françaises ne sont pas assurées. Les traducteurs craignent pour leur sécurité, et refusent de prendre en charge le dossier de mon client. 

"Pas de remise en cause de la justice"

Cela fait huit mois que j’ai repris ce dossier. Depuis, nous avons multiplié les recours. Une lettre ouverte au président Hollande en avril, un contact avec l’ambassadeur français au Qatar… Mais force est de constater que rien ne bouge. Récemment, nous avons rédigé une lettre en arabe qui sera remise en main propre au prince du Qatar, dans l'espoir que la situation évolue rapidement. 

Il est très important de souligner, aussi, que nous ne remettons pas du tout en cause la justice qui a été rendue. Tout ce que l’on souhaite aujourd’hui, c’est que sa demande de transfèrement soit acceptée. 

Cette demande a été formulée officiellement auprès des autorités compétentes. Mais cela traîne énormément. Nous n’avons aucun retour. Tous les deux jours, nous les relançons, mais à chaque fois, nous avons les mêmes réponses. Le dossier n’est pas arrivé. Il n’a pas été traduit. Et les conditions de détention de mon client deviennent de plus en plus difficiles à chaque tentative de le sortir de la. 

"Les conditions de détention se sont durcies"

Autre difficulté à laquelle nous nous confrontons, le Qatar n’a pas signé l’accord de transfèrement de 1984 qui facilite le transfert des prisonniers entre le pays de détention et le pays d’origine. De fait, ce transfert ne peut être effectué qu’au bon vouloir des autorités. 

À cela s’ajoute des conditions de détention très compliquées. Depuis son isolement par l’Arabie Saoudite, elles se sont durcies. La nourriture et les produits d’hygiène sont rationnés, et le téléphone de mon client lui a été retiré. C'était son seul lien avec l’extérieur. Ce qui lui permettait de tenir. Mais aujourd'hui, je n'ai plus aucun contact avec lui... Et je crains pour sa sécurité et sa vie. 

Il est incarcéré dans la prison de Doha, avec des combattants du groupe terroriste, Daech. Là, il subit des pressions et des brimades. Cette situation dramatique ne peut plus durer."

Installé au Qatar en 2005, il est prisonnier depuis septembre 2013

Jean-Pierre Marongiu, 56 ans, purge depuis septembre 2013 une peine de sept ans de prison au Qatar, pour six chèques sans provision émis entre 2010 et 2012. Des faits qu'il conteste vivement. Ingénieur dans le secteur pétrolier, installé au Qatar depuis 2005, ses ennuis judiciaires auraient commencé lorsque son partenaire local aurait exigé de reprendre ses parts dans la société qu'il avait créée.

Début juin, les conditions de détention se sont durcies dans cette monarchie du Golfe persique. L'Arabie saoudite et quatre de ses alliés ont rompu avec le Qatar, qu'ils accusent de soutenir le "terrorisme", provoquant une crise diplomatique majeure au Moyen-Orient.

Propos recueillis par Elodie Hervé