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Carlos Ghosn: comment tous ceux qui ont aidé l'ancien patron de Renault à s'évader sont aujourd'hui en prison

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EXPLIQUEZ-NOUS - Carlos Ghosn publie aujourd’hui un livre, 15 mois après sa spectaculaire évasion du Japon. Coïncidence, le principal organisateur de cette évasion a été livré mardi aux autorités japonaises.

Cet ancien soldat américain qui avait exfiltré l’ancien PDG de Renault s’appelle Michael Taylor, il a 60 ans. C’est un ancien Béret vert, un ancien des forces spéciales américaines. C’est lui qui avait planifié, organisé, dirigé la fameuse “évasion du siècle" : la rocambolesque sortie du japon de Carlos Ghosn en décembre 2019, caché dans une malle d'instruments de musique. Michael Taylor ce jour-là était accompagné de son fils de 27 ans, Peter.

Une fois la malle et le grand patron livrés à Beyrouth, le militaire américain et son fils avaient regagné leur domicile à Boston. Quelques mois plus tard, le Japon avait demandé leur arrestation et leur extradition.

Le père et le fils ont été arrêtés en mai dernier, détenus 9 mois aux Etats Unis, puis effectivement extradés mardi. 15 officiers de police japonais ont fait le déplacement pour venir les chercher. Ils sont arrivés hier à Tokyo et les Taylor ont aussitôt été incarcérés dans la prison où Carlos Ghosn lui-même avait été incarcéré 4 mois dans des conditions très dures.

Autrement dit: retour à la case départ. Pour avoir aidé le PDG français à échapper à cette prison japonaise, un Américain et son fils vont maintenant y rester plusieurs années. Ils risquent au moins 4 ans de détention.

Est-ce que l’on sait pourquoi ces Américains ont pris tous ces risques

Sans doute pour l’argent. La justice américaine a retrouvé les traces de virement de Carlos Ghosn vers la Taylor pour un million d’euros, dont la moitié en bitcoins. Et ce n’est qu’une partie des sommes versées. Mais Michael Taylor affirme que ce million d'euros versé à juste couvert les frais. Que l’argent n’était pas une motivation.

Dans une interview au magazine américain Vanity Fair, il explique avoir été lui-même victime d’une erreur judiciaire, avoir fait un an et demi de prison, accusé à tort, selon d’avoir versé des pots de vins pour obtenir un marché de sécurité privée. Sensible à l’injustice, il aurait décidé de sauver le malheureux PDG de Renault Nissan au nom de la devise des troupes d’élites américaines: devise qui dit : “Libérer les opprimés.”

Ce militaire était tout de même spécialiste des exfiltrations difficiles

C’était son métier. Après une carrière dans l'armée, il avait monté une agence privée qui a employé jusqu'à 2.000 salariés, tous anciens soldats d’élites. Il a réussi une vingtaine d’opérations rocambolesques. Parfois officiellement payé par le gouvernement américain pour récupérer des citoyens en difficulté.

Il a par exemple exfiltré des jeunes américains emprisonnés injustement en Amérique centrale. Ou bien ramener aux Etats-Unis une américaine et ses enfants retenus de force par un mari violent en Syrie. Il a encore aidé le New-York Times a faire libérer un de ses journalistes otage en Afghanistan. C’est donc un des meilleurs spécialistes au monde que Carlos Ghosn a payé pour sortir de son cauchemar japonais.

Et qu’est ce qui n’a pas marché finalement ? 

Pas l'opération elle-même qui s’est déroulée exactement comme prévu après des mois de préparation et de repérage. Tout avait été prévu à la minute près. L'aéroport avait été choisi parce que c’était le seul au Japon à ne pas disposer de machine pour passer les grosses malles à la radio. 

Et tout s’était parfaitement passé. C’est la suite que les américains n'avaient pas prévu. Ils pensaient ne pas avoir enfreint la loi américaine, sauf que la justice de leur pays en a décidé autrement. Elle a tenu compte des accords de coopération judiciaire avec le Japon et elle a livré hier l’ancien soldat et son fils.

Les deux pilotes turcs qui pilotaient le jet privé du japon vers Beyrouth, via Istanbul, sont eux aussi en prison aujourd'hui. Il viennent d'être condamnés en Turquie à 4 ans ferme. Comme le patron de la compagnie de jet privée.

Finalement, 5 des protagonistes de l’histoire sont aujourd'hui incarcérés. Carlos Ghosn est un des seuls qui s’en est bien sorti. Il est toujours à Beyrouth, protégé par le fait que le Liban n’extrade pas les Libanais.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)