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"Ils nous pourrissent la vie, on fait pareil": des clients de N26 s'activent pour récupérer leur argent

Alors qu'une décision de justice est attendue, des clients de la néobanque N26 ont décidé de faire du bruit sur les réseaux sociaux. Ils dénoncent des fermetures de comptes abusives.

35.000, 23.000, 100.000 euros disparus. Sur les réseaux sociaux, les clients de la banque N26 ont décidé de se faire entendre. Ils accusent la banque en ligne allemande d'avoir fermé, sans explication, leurs comptes en banque, sans leur donner la possibilité de récupérer leur argent. Une mobilisation qui fait suite aux révélations de RMC au mois de décembre, avec le témoignage d'une ancienne salariée de N26 qui avait confié que des "consignes" étaient données pour ne "rien faire" pour les clients dont les comptes étaient fermés. 

Sur la page Facebook des "clients arnaqués par N26", qui compte désormais près de 1700 membres, les témoignages ne cessent d'affluer. Et depuis quelques jours sont aussi publiées sur TikTok et Twitter de petites vidéos d'anciens clients. Ils racontent tous la même histoire, comment ils se sont retrouvés sans ressources après que N26 a fermé leur compte du jour au lendemain. 

"Bonjour je m'appelle Céline, j'habite dans le Sud-Ouest de la France, ça va faire presque un an que je n'ai pas mon argent"... "Bonjour je m'appelle Anne-Sophie, j'ai 29 ans. J'ai ouvert un compte N26 pour percevoir mes salaires. J'ai plus de 35.000 euros sur ce compte auquel je n'ai plus accès"... "Je m'appelle Alexis, j'ai 27 ans, et comme de nombreuses personnes, mon compte N26 s'est fait fermer. De manière immédiate, sans préavis, avec l'ensemble de mes économies dessus : 23.000 euros.  Et je croise les doigts pour retrouver mon argent dans les plus brefs délais". En 3 jours, ces vidéos TikTok comptabilisent près de 150.000 vues.

"Là sur les réseaux, clairement, ils prennent une misère"

À l'origine de ce mouvement sur les réseaux sociaux : Jérémy Briffaud, lui aussi victime d'une fermeture de compte sur lequel il restait 9.500 euros. Ce cadre commercial de 29 ans se dit déterminé à aller jusqu'au bout, pour récupérer son argent et pour faire cesser, dit-il, les mauvaises pratiques de la néo-banque, qui compte plus de 2 millions de clients en France. 

"C'est des gens comme vous et moi, qui se lèvent le matin, qui travaillent, qui touchent leurs revenus sur N26, et du jour au lendemain ils se retrouvent sans rien. Les gens sont dans la merde, ils crèvent la dalle parce qu'on bloque leur argent. Il faut que l'Etat s'y intéresse. Vous êtes corrects avec N26, vous leur faites des mails, ça ne marche pas. Alors on va prendre la méthode la plus pénible. Là sur les réseaux, clairement, ils prennent une misère. Dès qu'ils postent sur Instagram, dès qu'ils postent sur Facebook, dès qu'ils postent sur LinkedIn ou sur Twitter, on bombarde. Ils nous pourrissent la vie, et bah on va faire pareil", assure-t-il à RMC.

La banque reste muette

Les anciens clients de N26 demandent aussi aux autorités françaises et allemandes de réagir. Jeremy Briffaud, qui se dit prêt à aller manifester devant le siège de N26, a saisi l'ACPR, le gendarme des banques en France.

Parallèlement, plusieurs clients ont décidé d'avoir recours aux services d'une avocate, Maître Emma Leoty, du cabinet Choisez et Associés. Une première audience a eu lieu devant le tribunal de Nanterre le 12 avril, et la décision est attendue le 2 mai. Maître Emma Leoty a sollicité le remboursement des frais d'avocat pour ses clients lors de l'audience du 12 avril. Ils avaient en effet été remboursés par N26 dans le cadre des négociations préalables entre la banque et l'avocate. "L'objectif pour les 25 autres dossiers en cours est de négocier avec N26 dans les jours à venir pour obtenir restitution des fonds bloqués et assigner en justice pour obtenir des dommages et intérêts et obtenir des informations sur les raisons de la non-restitution des fonds", explique Maître Emma Leoty.  

Le Ministère de l’Economie se dit lui "attentif à la situation" et demande aux personnes concernées de faire un signalement sur le site Signal Conso de la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) afin de pouvoir évaluer "l’ampleur du problème". À ce jour, la répression des fraudes n’aurait reçu qu’une trentaine de plaintes. 

De son côté, la banque N26, contactée par RMC, n'a pas souhaité s'exprimer, dans l'attente des décisions judiciaires. Elle affirme que les fermetures de compte sont liées à des soupçons d'irrégularités.

Marie Dupin et Benoît Ballet