RMC

"On ne sait pas où on va": à Armentières, une boulangerie ferme à cause de la hausse des prix

Le secteur de la boulangerie n'est pas épargné par les hausses des coûts de l'énergie et des matières premières. Plusieurs établissements ont déjà décidé de mettre la clé sous la porte, comme à Armentières (Nord), tant l'avenir est incertain. Pour Dominique Anract, boulanger et président de la Confédération nationale de la boulangerie pâtisserie française (CNBPF), sans bouclier tarifaire, la situation risque de devenir intenable pour les professionnels.

Ils utilisent des fours très énergivores et beaucoup de matières premières: les boulangers et pâtissiers sont touchés de plein fouet par les augmentations de prix depuis quelques mois. Invité de "Charles Matin" ce jeudi sur RMC, Dominique Anract, boulanger et président de la Confédération nationale de la boulangerie pâtisserie française (CNBPF), a exprimé sa vive inquiétude, alors que certains établissements ont déjà fermé leurs portes. "Je pense que c'est le début d'un mouvement qu'on redoute, si nous n'avons pas cette couverture tarifaire réservée pour les entreprises de moins de dix salariés", explique-t-il.

Une augmentation de 20% des matières premières

Concrètement, 80% des boulangeries et pâtisseries en France ont moins de dix salariés et pourraient profiter du bouclier tarifaire. Sauf qu'il est "limité à 36 kWh de puissance électrique, mais quasiment tous les boulangers ont plus de 36 kWh, donc personne ne va être éligible", déplore-t-il.

Cette hausse des coûts de l'énergie s'ajoute à celle des matières premières. "Elles ont augmenté en moyenne de 20 % et il y aussi les emballages, c’est le coup de massue qui arrive parce qu’en fait on risque d’avoir des factures énormes", dit Dominique Anract.

Très concrètement, "quand on découpe un compte de résultats, avant on avait à peu près 23% de matières premières, sauf que la farine a pris 20 %, le beurre 70 %, la levure 70 % aussi. Le plus gros poste, c'est la masse salariale, 30-40 %. Là, d’une manière inédite, on va avoir trois augmentations dans l’année, ce qui va suivre l’inflation. Et l'énergie qui représentait 1,5 à 3% des dépenses va passer à 8, voire 15 % s'il n'y a pas de bouclier. Donc si les entreprises ne bougent pas les prix, il y aura cessation de paiement", s'inquiète le professionnel.

"On ne sait pas où on va, on préfère fermer"

Quelles solutions existent? Il y en a deux. "Il faut que le gouvernement lève le frein -sur le bouclier tarifaire- et la seconde chose, c'est augmenter les prix",explique Dominique Anract. Certains professionnels ont décidé de fermer avant de se retrouver en grande difficulté.

"On ne sait pas où on va, on préfère fermer avant qu’il ne soit trop tard. L’électricité a augmenté, oui, mais après il y a toutes les matières premières. Le beurre est passé de 4 à 10 euros le kilo. Ça fait 11 ans qu’on tient notre bébé à bout de bras et on est triste", affirme Pascal Billaut, boulanger à Armentières (Nord), au micro de RMC.

Dès ce vendredi, l'établissement n'accueillera plus de clients. "C’est un déchirement. Ce sont des commerçants de proximité, ils font ça avec leur coeur. On entend partout qu’il faut manger sainement mais on ne fait pas en sorte que les petits commerçants restent là", déplore Amandine, une cliente de longue date.

Rencontre prévue avec le ministre de l'Économie

Le couple ne voulait pas augmenter les prix et baisser en qualité. Un dilemme que connaissent de nombreux artisans. "On se demande où on va, jusqu’où on va devoir augmenter nos prix. Ils ne veulent pas atteindre un certain prix du pain, ce que je peux comprendre, parce qu’à un moment il n’y a plus grand monde qui va acheter son pain en boulangerie. Si ça continue, ils vont tous passer à l’industriel et c’est triste", se désole Lucie, qui tient une friterie à quelques mètres de la boulangerie de Pascal et Delphine Billaut.

Pour trouver des solutions face à ces augmentations, la filière rencontrera le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, dans les prochains jours.

Martin Cadoret (édité par AB)