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Aline, salariée illettrée: "Je l'ai toujours caché parce que c'est la honte"

3 millions de personnes souffrent encore aujourd'hui d'illettrisme en France. Ils représentent en tout 7% des actifs. Alors que le gouvernement s'apprête à recevoir ce vendredi des recommandations pour lutter contre l'illettrisme, RMC a rencontré Aline, qui travaille depuis 30 ans dans un hôpital au prix de gros efforts.

C'est un problème dont on ne mesure pas l'ampleur: il y a en France 2.5 millions de personnes en situation d'illettrisme en métropole, et 500.000 en Outre-Mer. Des personnes qui ont pourtant été scolarisées en France. Ils représentent en tout 7% des actifs. 9 millions de personnes, ont, en outre, des problèmes avec la lecture. Alors pour faire reculer l'illettrisme en France, le délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale, Thierry Lepaon, présente ce vendredi 28 recommandations auprès du Premier Ministre.

Les pistes envisagées

RMC dévoile les pistes envisagées. La première: allouer une partie des fonds de la formation professionnelle à l'apprentissage des bases de lecture et d'écriture. Les partenaires sociaux, qui gèrent 7 milliards d'euros, sont prêts à débloquer de l'argent, alors que 50 millions suffiraient à diviser par deux le nombre d'illettrés. Les négociations sont en cours, dans le cadre du projet de loi sur la formation professionnelle. Deuxième piste: lancer une campagne de sensibilisation auprès des syndicats, des instances représentatives et de la médecine du travail avec, pourquoi pas, un numéro vert pour aider à la prise en charge, par exemple, d'un salarié illettré.

Et puis, troisième piste évoquée: offrir des formations aux jeunes illettrés identifiés lors des journées d'appel de préparation à la défense, les JAPD. La plupart du temps, ils sont abandonnés, alors qu'eux aussi, ont besoin d'une prise en charge.

"J'ai tout appris par cœur"

Pour se rendre compte des difficultés rencontrées par les illettrés au travail, RMC a rencontré Aline. Cela fait 30 ans qu'elle travaille dans les cuisines d'un hôpital. Il lui a fallu beaucoup de patience et de force de conviction pour réussir à s'insérer. Première difficulté à son arrivée? La préparation des plateaux repas pour les patients. "Des régimes sans sels, sans graisses pour les diabétiques… Tout ceci était écrit sur des listings, mais les listings, il fallait les déchiffrer. D'autres personnes les lisent couramment mais moi il fallait que je les déchiffre. C'était compliqué. Il fallait que j'apprenne à écrire tous les mots: carottes, betteraves... Donc tout ça, je l'ai appris par cœur. J'ai fait des mémos, pour ne pas faire de fautes. Ça m'a empêché de dormir la nuit, j'en ai transpiré mais j'ai lutté et j'y suis arrivé".

"Si on avoue, on reste à la plonge ou au ménage toute sa vie"

Des lacunes qui n'ont pas empêché Aline de progresser dans sa carrière. Mais pas question pour elle de parler ouvertement de son illettrisme à ses supérieurs. "Je l'ai toujours caché parce que c'est la honte. C'est dommage d'avoir été à l'école et de sortir en échec scolaire. Si on dit: 'ça je ne peux pas le faire parce que j'ai des difficultés', si on avoue, eh bien on reste à la plonge ou au ménage toute notre vie. Je n'aurais jamais été titularisée. On m'aurait mis sur le côté. On me n'aurait jamais fait évoluer, non plus"

P. G. avec Elodie Messager