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Clause Molière: il ne faut pas être naïf, chaque pays doit défendre ses ressortissants, ses salariés

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- - LOIC VENANCE / AFP

Le débat sur la "clause Molière", qui vise à imposer la langue française sur les chantiers dans certaines régions, a pris de l'ampleur mardi avec l'hostilité affichée par le gouvernement, le Medef et les syndicats. Une polémique incompréhensible pour Eric Straumann, président Les Républicains du conseil départemental du Haut-Rhin, qui a adopté cette clause en juin 2016.

Eric Straumann, président Les Républicains du conseil départemental du Haut-Rhin:

"On a mis en œuvre la "clause Molière" en juin 2016 et depuis ça n'a pas posé de problème particulier. Si je me souviens bien, à l'époque, cette mesure avait été votée à l'unanimité par le conseil départemental. Les entreprises le savent et s'adaptent en fonction. Concrètement, lorsque l'on fait un appel d'offres, on demande à ce que les ouvriers présents sur le chantier maîtrisent la langue française. Les entreprises connaissent la règle et, a priori, l'appliquent.

Certes ce sont plutôt des petits chantiers, où il y a probablement moins de travailleurs détachés que de sur des chantiers plus importants. Mais s'il devait y avoir des difficultés à faire respecter cette règle, on ne manquerait pas de nous le signaler. Depuis l'instauration de cette mesure, il n'y a eu aucun souci. Les entreprises répondent aux appels d'offres, connaissent les conditions et cela ne semble pas leur poser de problème. Toutes les entreprises sont soumises aux mêmes conditions donc cela ne crée pas de rupture de concurrence.

"C'est de la préférence locale"

Selon moi, il s'agit d'un bon dispositif car, sur un chantier, il est quand même préférable, pour des raisons de sécurité, que tout le monde parle français. C'est quand même mieux pour s'échanger des informations que l'on puisse se comprendre, que les ouvriers parlent la même langue. Et, en France, la langue c'est le français.

Pour autant, je n'estime pas que cette "clause Molière" mette en place une préférence nationale. Je ne suis pas nationaliste. C'est de la préférence locale. On est à la frontière avec l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche et je vois bien comment ces pays fonctionnent. Par exemple, je n'ai jamais vu une entreprise française aller travailler en Allemagne. De même, les Autrichiens ne travaillent que localement.

Cela permet aussi d'encourager la main d'œuvre locale. Moi, je prélève de l'impôt localement, j'ai un taux de chômage de 10%, ça serait donc absolument anormal que nos chantiers soient menés par des gens qui viennent de l'étranger et qui ne maîtrisent pas le français. Et que nos impôts ne permettent pas de payer des salaires à des gens au chômage qui parlent le français.

"Il y a des gens qui viennent sans savoir aligner deux mots de français"

J'estime que la polémique actuelle autour de cette "clause Molière" est artificielle. Je pense qu'on ne voit pas ce qu'il se passe autour de nous. Je suis un européen convaincu mais on sait aussi que chaque pays doit défendre ses ressortissants, ses salariés. Il ne faut pas être naïf à cet égard. L'Allemagne a sa propre réglementation. Aujourd'hui, je vois mal des entrepreneurs alsaciens dans le bâtiment traverser la frontière et aller en Allemagne. En effet, ils ont des règles techniques et juridiques relativement insurmontables, qui ne permettent pas aux entrepreneurs français de se lancer sur le marché allemand.

Que le Medef critique cette mesure est tout à fait normal car ils cherchent à minimiser les coûts et maximiser le profit. Mais, moi, je considère qu'il faut une forme de priorité. Car, lorsqu'on a un pays avec 10% de chômeurs, utiliser de l'argent public pour réaliser des chantiers publics avec du personnel qui vient de l'étranger, ça ne me paraît pas être une saine politique. En pratique, on le voit bien, les étrangers qui arrivent en France, souvent des gens qui viennent des pays de l'Est, parlent assez rarement correctement la langue de Molière. Il y a des gens qui viennent sans savoir aligner deux mots de français. Dès lors, sur un chantier, comment voulez-vous échanger des informations si vous n'arrivez pas à communiquer?

"Tout le monde se protège, sauf la France"

La polémique autour de cette clause Molière est vraiment un débat franco-français. Les Allemands ne s'entourent pas de ce type de considérations lorsqu'il faut défendre l'emploi sur leur territoire. On est vraiment dans une naïveté complètement française. Que des entreprises privées le fassent, c'est leur problème. Mais pour les chantiers publics, c'est de l'argent public, qui provient de l'impôt et qu'on affecte à des dépenses publiques. Et il faudrait affecter cet argent à payer des travailleurs détachés? Non. Je considère que si l'on continue à ce rythme-là, le pays va droit dans le mur.

Lorsqu'il y aura 15% de chômeurs en France, qu'il y aura une explosion sociale, on verra ce qui est juridiquement fragile ou pas. A un moment donné, il faut être réaliste et regarder ce qu'il se passe ailleurs. On sait bien que, pour les marchés publics, tout le monde se protège. Sauf la France…"

Propos recueillis par Maxime Ricard