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Dans l'incertitude pour leur avenir, les salariés de la GM&S à bout de nerfs: "C'est dur de voir un homme pleurer"

Le Tribunal de commerce de Poitiers doit annoncer ce vendredi matin sa décision quant à la reprise du groupe GM&S, placé en redressement judiciaire en décembre dernier. Si le groupe dispose d'une offre de reprise, elle ne prévoit de reprendre qu'une partie du personnel. Les salariés, eux, ne supportent plus cette incertitude sur leur avenir.

Jour J pour GM&S. Les salariés de La Souterraine réunis ce vendredi matin devant leur usine GM&S avec leur avocat attendent la décision du Tribunal de Commerce de Poitiers, qui a placé le site en redressement judiciaire en décembre 2016. L'examen d'une éventuelle liquidation judiciaire doit commencer à 10h30. L'avocat des salariés de GM&S a annoncé jeudi soir qu'une offre de reprise ferme a été déposée par l'emboutisseur GMD. Si la démarche laisse espérer qu'il n'y aura pas de liquidation judiciaire ce matin au tribunal de Poitiers, l'offre ne convient pas aux salariés.

"La lutte n'est pas finie, on va se battre"

Elle prévoit la reprise de seulement 120 salariés, sans indemnités supra-légales pour ceux qui seraient licenciés. Inacceptable pour Yann Augras, représentant CGT du personnel de GM&S. "120 pour faire tourner l'usine… il faut arrêter les conneries! Et l'absence de supra-légale, c'est se foutre de nous. La lutte n'est pas finie, on va se battre. Il ne faut pas se voiler la face, on est dans la Creuse, ici, on n'est pas Marseille ou Paris. Du boulot il n'y en a plus".

Pas question de relâcher la lutte, prévient-il. "Je peux vous assurer que la bataille qui va venir va être très dure!". Les salariés, qui continuent d'occuper l'usine dans laquelle ils ont allumé depuis le 27 juin des feux avec des palettes et des pneus, ont prévu quoi qu'il arrive des actions la semaine prochaine, mercredi et jeudi, possiblement à Paris.

"Qui va rester? qui va partir? ça met une ambiance terrible"

Cette épée de Damoclès qui pèse sur la tête des salariés, mais aussi de leurs familles, est de plus en plus dure à vivre. RMC a rencontré Francis et son épouse à Saint-Pierre-de-Fursac, dans la Creuse, près du site de la GM&S, à La Souterraine. Devoir tirer un trait sur 28 années de travail à l’usine… Francis n’en est pas capable. "Quand on a vécu quasiment toute sa vie dans l'entreprise, c'est comme chez nous".

L’ouvrier de 50 ans n’arrive plus à vivre sereinement… "Qui va rester? qui va partir? ça met une ambiance terrible. On ne peut pas se projeter. On est tellement mal qu'on a n'a plus envie de rien faire. Même les loisirs deviennent difficiles. On se fout devant la télé à la maison, on ne fait que cogiter. On n'avance à rien. On n'a plus envie".

"Qu'est-ce qu'on va devenir?"

Ce désespoir, Sylvie, sa compagne, le partage. Elle a aussi a travaillé à l’usine de la souterraine... "Je sais qu'il le vit très mal. On le vit mal. C'est dur de voir un homme pleurer. Il a le droit de pleurer. Mais il craque". L’angoisse du couple à présent: ne pas savoir si "ça va s'arrêter subitement". "Si ça s'arrête qu'est-ce qu'on va devenir, interroge Francis. Je suis tellement fatigué que quelque part j'en ai rien à faire. Tombe ce qu'il doit tomber. Je reste, je reste. Je pars, je pars. Mais il faut que je sache". Francis a décidé de renouveler ses permis poids lourd et transport en commun… Au cas où.