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La LGV Paris-Bordeaux, cher pour les usagers, très cher pour la SNCF

Un TGV InOui, en gare de Bordeaux Saint-Jean.

Un TGV InOui, en gare de Bordeaux Saint-Jean. - AFP

La mise en service dimanche de deux nouvelles lignes à grande vitesse va permettre de gagner 40 minutes vers Rennes et 1h10 vers Bordeaux. Avec pour conséquence une hausse déjà effective de 10% du prix du billet. Mais il n'y a pas que le voyageur qui va trinquer. La SNCF aussi risque de se retrouver face à une situation financière intenable, explique Marc Fressoz, journaliste spécialiste transport à mobilicites.com, joint par RMC.fr.

Marc Fressoz, journaliste spécialiste transport à mobilicites.com.

"Les tarifs ont déjà augmenté de 10% pour les voyageurs sur les deux lignes TGV qui ouvrent ce week-end (Paris-Bordeaux, Paris-Rennes). Et ce n'est pas fini. Pour la première fois ces lignes à grande vitesse ont été construites par des groupes privées – Vinci et Eiffage –. Le groupe Vinci, qui a construit la ligne entre Tours et Bordeaux, s'est débrouillé pour conclure un contrat extrêmement favorable pour lui. Chaque année, la SNCF va devoir payer un péage pour faire circuler ses trains sur les voies, et ce péage va augmenter de 3% par an. 

"Cela va mécaniquement faire augmenter le prix du billet"

Cela va mécaniquement faire augmenter le prix du billet pour le voyageur - dans une certaine mesure, car la SNCF ne pourra pas l'augmenter éternellement sinon ses trains seront vides -. L'autre effet, c'est que le déficit d'exploitation de la SNCF va surement augmenter d'année en année, à moins qu'elle fasse un gros travail d'économie sur ses coûts. Chaque année, les coûts - salaires, entretien des trains... -, augmentent deux fois plus vite que l'inflation. A un moment, l'équation ne sera plus tenable et ça va dérailler.

La SNCF est piégée. Cette nouvelle ligne est catastrophique financièrement pour elle (la SNCF va perdre 90 millions d'euros sur les seuls six premiers mois d'exploitation de la nouvelle ligne TGV entre Paris et Bordeaux, ndlr). Mais elle est obligée, pour être à l'équilibre, d'amener le plus possible de voyageurs sur ses trains en proposant des prix relativement bas par rapport à ce qu'elle devrait proposer. L'enjeu pour elle, c'est de trouver un équilibre entre rentabilité et remplissage des trains. Elle ne pourra pas augmenter éternellement le prix des billets plus qu'elle ne l'a fait au risque de voir les voyageurs privilégier la voiture, l'autocar, le covoiturage.

"Un TGV à deux vitesses"

Confrontée à l'obligation d'augmenter ses prix, la SNCF segmente son offre sur grande vitesse de façon très nette. Pour les moins aisés, elle développe les TGV low-cost OuiGo, et pour ceux qui ont les moyens il y a l'offre InOui, avec un certain niveau de confort, pour les cadres d'entreprises ou un public de loisirs relativement fortuné. Le président de la SNCF, Guillaume Pépy, le dit lui-même: le TGV c'est cher, et comme c'est cher il faut mettre un niveau de service en rapport avec le prix payé. Il y a donc, si l'on caricature un peu, un TGV à deux vitesses: le OuiGo pour les pauvres, et le InOui pour les riches. Après on pourra toujours voyager moins cher sur ces TGV haut de gammes si on privilégie les heures creuses ou en réservant 6 mois à l'avance."

Propos recueillis par Philippe Gril