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Faut-il des sanctions pour pousser les entreprises à embaucher des seniors?

Le projet de réforme des retraites prévoit pour les entreprises l'obligation de publication d'un indice de l'emploi des seniors, sans mesures contraignantes si les entreprises ne jouent pas le jeu. Est-ce que ça va assez loin?

Quelles solutions pour faciliter l'emploi des seniors? Dans son projet de réforme, le gouvernement prévoit de rendre obligatoire la publication d'un index sur l'emploi des seniors. Les entreprises de plus de 300 salariés seront sanctionnées financièrement si elles ne rendent pas ce chiffre public a confirmé lundi Olivier Dussopt, le ministre du Travail.

Mais aucune sanction n'est prévue si l'embauche des seniors, le but de la mesure, ne progresse pas. Des mesures coercitives sont-elles ainsi nécessaires en complément pour faire en sorte que les entreprises embauchent davantage de seniors?

"Une solution avec le bâton ne fonctionnera pas"

Dominique Carlac'h, vice-présidente et porte-parole du Medef, estime que la contrainte financière pour les entreprises n'est pas une solution. Il faudrait selon elle, au contraire, accompagner les entreprises.

"Une solution avec le bâton ne fonctionnera pas. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, il faut un plan avec une solution par branche en contrôlant l'avancée des objectifs. Et ça, ça peut fonctionner", juge-t-elle.

Index: "Il y a un côté 'pan-pan-cul-cul, ce n'est pas bien'..."

Mais l'économiste Henri Sterdyniak est moins optimiste que cela et estime que, sans contrainte, les entreprises n'embaucheront pas plus de seniors qu'auparavant.

"Il serait évidemment souhaitable de mettre un système de sanctions pour les inciter à agir correctement. Nommer les entreprises qui ne jouent pas le jeu... L'effet est moins dissuasif que d'avoir une amende même si elle est de faible montant", assure-t-il.

L'économiste estime que c'est "indispensable" si l'on veut que les choses dans le sens de l'emploi des seniors dans le pays.

Le sociologue Serge Guérin, auteur d'un ouvrage à paraître sur la "silver économy", l'économie des seniors, trouve de son côté qu'il faut d'abord "favoriser l'emploi des seniors avant tout chose", et qu'ainsi la publication d'un index n'est pas la chose la plus urgente.

"Il y a un côté 'pan-pan-cul-cul, ce n'est pas bien'...", selon lui, trouvant que ça ne va pas assez loin, alors qu'un Français sur trois ne travaille pas entre 60 et 64 ans. "Il faut faire de la motivation. Au lieu d'expliquer que les seniors sont un atout pour l'entreprise, on veut punir et contraindre. Faisons plutôt de la pédagogie, y compris avec des incitations fiscales ou réduisant des cotisations par exemple", conclut-il.

J.A.