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Réforme des retraites: pourquoi l’emploi des séniors est un casse-tête

Dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré se penche sur la question de l’emploi des séniors, dans le contexte de la réforme des retraites.

Le gouvernement présente ce lundi au Conseil des ministres sa réforme des retraites. Parmi les sujets qui pourraient encore être négociés, il y a la question de l'emploi des séniors. Le raisonnement est simple. Si on demande aux Français de travailler plus tard, jusqu’à 64 ans, il faut que les entreprises acceptent de les garder plus tard. Et pour que les entreprises emploient des seniors, il faut soit les inciter, soit les forcer.

Pour l’instant, le projet de loi sur la réforme des retraites prévoyait la création d’un "index sénior". Il s’agit d’obliger les entreprises à déclarer le taux de plus de 60 ans parmi leurs salariés. Mais comme la loi, pour l'instant, ne prévoit pas de seuil minimal, logiquement, elle ne prévoit pas non plus de sanction. Elisabeth Borne l’avait expliqué, c’est compliqué d’imaginer des sanctions puisque qu'il n’y a pas d’obligation légale sur la part de seniors.

La seule obligation devait être pour les entreprises de publier leurs chiffres. Ce qui permettrait de connaître les bons et les mauvais élèves en la matière, en espérant que cela oblige les employeurs à faire plus attention.

Sauf que les choses sont en train de bouger. Sur BFMTV ce dimanche, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a ouvert la porte à des mesures plus coercitives pour favoriser l’emploi des séniors. Quand on lui a demandé s’il était envisageable d’introduire des mesures plus contraignantes, il a répondu: "Mais pourquoi pas ?". La veille, le ministre des Comptes publics Gabriel Attal avait à peu près dit la même chose: il n’y a pas de tabou pour des mesures coercitives contre les entreprises qui ne joueraient pas le jeu…

L’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes a son index

Le modèle, c’est l’index de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, qui a été mis en place en 2019 et qui oblige toutes les entreprises à rendre publiques leurs données sur plusieurs critères: l’écart de salaire entre les femmes et les hommes, l’écart dans les augmentations et les promotions, le nombre de femmes qui ont été augmentées en rentrant d’un congé maternité, et enfin, sur les dix plus hauts salaires de la boite, combien sont des femmes…

Si une entreprise a de mauvais indices sur ces critères, elle a trois ans pour réduire ces écarts. Et si elle ne fait rien, elle risque une pénalité financière pouvant aller jusqu’à 1% de sa masse salariale. Mais est-ce que ça marche? Depuis trois ans, l’indice moyen des entreprises a très légèrement progressé mais seulement 32 pénalités financières ont été prononcées et les femmes continuent d'être payées 22% de moins que les hommes.

En ce qui concerne l’emploi des séniors, la situation n’est pas terrible. Le taux d’emploi des 55-64 ans est de 56% en France contre 60% en moyenne en Europe, et ce chiffre augmente depuis plusieurs années. Mais cette moyenne cache deux réalités différentes. Les jeunes séniors, les 55-59 ans, sont encore sur le marché du travail à 75%. Alors que leurs aînés, entre 60 et 65 ans, ne sont plus que 35% à travailler ou à chercher du travail. C’est largement en-dessous de la moyenne européenne.

C’est le principal argument de Laurent Berger, de la CFDT, pour refuser cette réforme. 40% des salariés quand ils arrivent à la retraite à 62 ans n’ont déjà plus de travail, soit parce qu’ils ont été virés, soit parce qu’ils sont au chômage ou au RSA.

Le gouvernement répond qu’en repoussant l'âge de départ à la retraite, on repousse l'âge où les entreprises se séparent de leurs séniors. Le problème pour le gouvernement, c’est que les syndicats aujourd’hui ne demandent pas des mesures pour améliorer l’emploi des séniors, mais que l'âge de départ à la retraite reste à 62 ans. Le débat sur l'index senior et d'éventuelles mesures coercitives apparaît un peu hors sujet.

Nicolas Poincaré