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Faut-il obliger les chômeurs de courte durée à travailler dans les secteurs en tension?

Pour la rentrée, Pôle Emploi veut imposer aux chômeurs de courte durée de travailler dans les secteurs en tension, comme la restauration et le BTP. Même sans qualification.

Pôle Emploi aimerait obliger les chômeurs de courte durée à accepter un emploi. C’est ce qu’assure une note interne que RMC s’est procurée. Selon nos informations, Pôle Emploi veut mettre en place un plan de rentrée permettant d’identifier les métiers en tension localement, puis cibler et convoquer les chômeurs recrutables avant la fin de l'année pour leur proposer rapidement un emploi sans accompagnement.

Le risque en cas de refus, c'est la radiation. Les demandeurs d'emplois pourraient ensuite être convoqués par leur conseiller et ceux qui ne montreraient pas suffisamment de motivation à accepter un poste pourront alors faire l'objet d'un contrôle, puis être radiés des listes de Pôle emploi.

La radiation en cas de refus, ce n'est pas une nouveauté. Selon la loi, les chômeurs peuvent déjà être radiés s'ils refusent trois offres raisonnables: "Là on va cibler les chômeurs de moins de trois mois qui viennent de perdre leur travail", déplore ce mardi l'économiste Pierre Rondeau sur RMC et RMC Story. Car les chômeurs longue durée sont dans leur grande majorité bien plus qualifiés que la moyenne et ont plus de chance de retrouver un emploi. "Ces gens-là n'iront jamais vers les secteurs en tension comme le BTP ou l'hôtellerie", croit-il savoir.

"Quand on travaille, on doit vivre du fruit de son travail", rappelle, de son côté, Mathilde Imer, militante écologiste: "Ce genre de proposition va dans le mauvais sens. Quand on force les chômeurs à aller bosser, on empêche tous les autres à avoir un pouvoir de négociation sur les salaires et les conditions de travail. Cela fait que la société reste une société de travailleurs pauvres", estime-t-elle, plaidant pour une hausse générale des salaires.

"Ça me saoule de me lever le matin et de venir bosser pour ceux qui sont encore au lit"

"Du travail, il y en a. Il faut juste peut-être accepter de prendre un salaire moins élevé", peste de son côté Juliette, chargée de recrutement dans l'intérim en Gironde. "Tous les matins, j'ai des personnes absentes qui plantent la mission et ne vont pas travailler, qui ne s'excusent même pas et n'appellent même pas. Il n'y a plus de motivation".

"Plus il y a de chômeurs, plus cela se répercute sur notre fiche de paie. Moi ça me saoule de me lever le matin et de venir bosser pour ceux qui sont encore au lit", s'agace Juliette.

Mais la proposition ne marchera pas, prédit-elle: "Tout ce que propose Pôle Emploi ne marche pas. Aujourd'hui, les gens n'ont plus envie de travailler, ils refusent des formations payées, des missions d'intérim qui se transforment en CDI. Ils n'en veulent pas. Quand on gagne 1.300 euros avec Pôle Emploi et 1.350 euros en travaillant, il n'y a pas d'intérêt à aller travailler. Ça fait 15 ans que je fais ce métier, la situation empire", ajoute Juliette.

G.D.