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Plan de Pôle Emploi pour un "vivier" de chômeurs: "Une forme de chantage" selon la CGT

Le plan de rentrée de Pôle Emploi prévoit d'identifier des chômeurs rapidement recrutables sur les métiers en tension.

Selon une note interne révélée par Mediapart que RMC s'est procurée, Pôle Emploi va mettre en place un plan de rentrée. Le but: identifier les métiers en tension localement, puis cibler et convoquer les chômeurs recrutables avant la fin de l'année pour leur proposer concrètement et rapidement un emploi, et non pas un accompagnement.

Trois secteurs sont concernés: l'hôtellerie-restauration, le sanitaire et social, et le transport. Les conseillers Pole emploi doivent constituer d'ici la fin du mois un "vivier", c'est à dire un fichier avec les chômeurs inscrits sur des métiers en tension, cuisiniers, auxiliaire de vie ou chauffeur poids lourd, mais aussi ceux inscrits sur d'autres métiers mais qui pourraient être intéressés, via une formation rapide. La note interne précise que les chômeurs inscrits depuis moins de trois mois doivent être ciblés en priorité, pour "une plus grande qualité" du vivier.

Tous ces demandeurs d'emploi doivent ensuite être convoqués par un conseiller en entretien ou en atelier avant la fin de l'année. Ceux qui ne montrent pas suffisamment de motivation à accepter un poste pourront faire l'objet d'un contrôle, puis être radiés des listes de Pôle emploi.

"Notre rôle n'est pas d'être une officine de police gouvernementale"

Un plan qui inquiète les syndicats. "On veut créer les conditions pour imposer aux demandeurs d'emploi qui sont inscrits dans ces métiers-là de postuler sur les offres d'emploi en cours, mais ces métiers ont des conditions de travail déplorables, des salaires de misère, notre rôle, c'est de satisfaire les besoins des usagers et non pas être une officine de police gouvernementale dont l'objectif est de radier les demandeurs d'emploi", déplore Guillaume Bourdic, responsable à la CGT Pôle emploi.

"Il y a une forme de chantage. (…) On ne dit rien sur la qualité des offres: est-ce que ce sont des contrats courts, très courts, à temps partiel? On a déjà démontré que les offres de Pôle Emploi ne sont pas toujours légales ou pas toujours des CDI", renchérit Denis Gravouil, de la direction de la CGT, invité ce lundi sur RMC.

Bémol aussi du côté des secteurs concernés. Hugues Vidor, directeur général d'Adedom, une fédération d'association d'aide à la personne, voit le plan d'un bon œil car son secteur est en grande tension, mais il prévient.

"Le problème pourrait être d'aller trop vite. Pour aller vers ces métiers, il faut une appétence, de la formation, il faut surtout des convictions, ça doit rester un choix. Ce ne sont pas des métiers faciles mais ce sont des beaux métiers. Qu'il y ait une préoccupation des pouvoirs publics, amener un certain nombre de profils à s'intéresser à ces métiers, oui. Attention au caractère punitif de la démarche".
P.B.