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Guyane: "pour les Bonnets rouges bretons, les ministres se déplacent, mais pour nous, non"

Les Guyanais n'ont pas digéré les annonces du Premier ministre Bernard Cazeneuve, lundi, sur un déplacement de ministres dans le département uniquement en fin de semaine si les conditions de sécurité étaient réunies. "Du mépris", selon les élus et les acteurs économiques locaux.

Le mouvement de contestation ne s'apaise pas en Guyane. Une "journée morte" a été décrétée pour ce mardi, après un démarrage timide de la "grève générale illimitée" lundi et alors que le Premier ministre Bernard Cazeneuve a annoncé la venue de ministres "avant la fin de semaine". Pas de quoi calmer la colère des Guyanais, qui y voient même une forme de mépris. Les élus, en tout cas, n'apprécient pas, comme l'explique sur RMC David Riché, le président de l'Association des maires de Guyane.

"Je pense que s'il y avait le même problème dans l'hexagone, les ministres se seraient déplacés naturellement. Souvenez-vous, les bonnets rouges ! En un mois et 28 jours, ils ont eu 2 milliards. En Guyane, en 4 ans pour l'instant on a eu 0".

"On ne va pas agresser le Premier ministre"

Le Premier ministre a déclaré lundi qu'il n'y aurait de dialogue que si l'ordre était rétabli en Guyane. Une condition réunie, selon David Riché. "J'entends dire qu'il y a ici et là des gens cagoulés, mais c'est une vaste blague. Aujourd'hui tout se passe bien sur les barrages. Quand le Premier ministre viendra, il verra bien que personne ne va l'agresser. Mais si ça dure, on ne sait pas comment ça va finir".

Le temps presse en effet, selon Antoine Karam, sénateur socialiste de la Guyane. "Chaque jour qui passe est un jour de radicalisation supplémentaire", prévient-il. Il regrette que les ministres ne se soient pas déjà déplacés pour tenter de régler la situation. "Avec qui vous voulez qu'on discute puisque personne ne vient? S'ils sont ministres c'est bien pour négocier et faire des propositions". Il assure que ces derniers "seront accueillis avec fermeté mais avec dignité".

"Il y a du mépris"

Mais il n'y a pas que les élus à pester contre le temps perdu. Les acteurs économiques du département, aussi. Valerie Vanoukia, la présidente de l’Union des très petites entreprises de Guyane regrette la réaction tardive des responsables politiques. "Ils prennent beaucoup de temps pour prendre une décision. Dans un premier temps on nous a proposé de venir à Paris, mais ce n'était pas acceptable puisque les problématiques sont ici, en Guyane".

Elle dénonce "le mépris" de François Hollande et de son Premier ministre. "Il y a des annonces qui sont faites mais seulement sur quelques points. Nous, nous voulons des réponses sur tous les sujets. En se focalisant sur les violences, on oublie les problématiques d'économie, d'éducation… Sur l'éducation, justement: nous avons 100.000 jeunes de moins de 20 sur 250.000 habitants, et on oublie de parler de ce sujet? Vous voyez le décalage avec les ministres et le président?"

P. Gril avec A. Manoli et N. Perdius