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Je fais appel à des travailleurs détachés parce que je ne trouve pas de Français pour travailler

Un salarié déplace des palettes en bois (photo d'illustration).

Un salarié déplace des palettes en bois (photo d'illustration). - AFP

Ce mercredi, Emmanuel Macron entame une tournée en Europe de l'Est pour défendre son projet de durcissement de la législation européenne sur les travailleurs détachés. Décrié, accusé de favoriser le dumping social et d'instaurer une concurrence déloyale, le système n'en est pas moins utile selon Benoît, chef d'entreprise qui emploie des travailleurs détachés bulgares.

Benoît (le prénom a été modifié) est chef d'une entreprise qui fabrique des palettes en bois, dans le Rhône et qui emploie 40 salariés. Il embauche actuellement 8 travailleurs détachés bulgares.

"On a des salariés détachés pour pallier les besoins de production de l'entreprise et pour pallier les problèmes de recrutement que nous rencontrons. Le gros problème dans la manutention, c'est de recruter du personnel. C'est particulièrement compliqué d'embaucher aujourd'hui pour ce type d'emplois difficiles payés au Smic, et encore plus pour fidéliser des salariés. Peu de gens veulent de ce boulot-là.

On a des marges très faibles donc on ne peut pas proposer des salaires valorisants, donc un chômeur qui touche les allocations chômage et qui se rend compte qu'il va toucher 50 euros de plus pour un travail un peu dur et répétitif, il dit non. En plus de ces difficultés, je dois souvent pallier les absences de salariés qui se mettent en maladie professionnelle et qui ne reviennent plus. Dès que je peux embaucher un salarié français je le fais, mais on est face à une pénurie de manutentionnaires disponibles.

"Un salarié français me coûte moins cher"

Alors je passe par une société de prestations de services qui me propose des salariés bulgares qui viennent travailler chez moi, pour des missions de 6 mois à un an. Ils sont payés au Smic. Ils ont leur contrat en Bulgarie, géré par cette société qui a la même activité que moi et qui peut me mettre à disposition des salariés selon mes besoins.

Avec les travailleurs détachés il n'y a pas de gain: on les paye comme les Français mais avec des frais annexes. C'est dans le cadre d'une prestation, je paie une facture globale, mais ce n'est pas moi qui paie moins de charges, c'est l'entreprise en Bulgarie. Cela me coûte même plus cher, parce qu'avec le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) et les allègements de charges sur les embauches, employer un Français est plus intéressant financièrement.

"Mon seul gain c'est d'avoir des gars qui travaillent"

Mon seul 'gain' aujourd'hui c'est que j'ai des gars le matin qui travaillent, qui sont présents tous les jours et qui permettent de maintenir l'activité de mon entreprise. Si demain une agence d'intérim ou Pôle emploi me propose 10 salariés français compétents qui viennent tous les jours et qui sont un peu courageux, je les embauche immédiatement. Avant, cette volonté on la trouvait. Il y a 20 ans quand j'ai démarré, les anciens avaient du courage et allaient au boulot. On a des salariés qui nous ont quittés après 35 ans de manutention, aujourd'hui cela n'existe plus. Il est clair que la génération qui travaille aujourd'hui n'a rien à voir avec celle qui est en train de partir à la retraite."

Propos recueillis par Philippe Gril