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"Les fins de mois sont dures": les difficiles négociations des coiffeurs pour une revalorisation de salaire

Le Ministère du Travail recense une quinzaine de secteurs dont la coiffure où les patrons refusent de ramener leurs minimas salariaux au niveau du SMIC

Le gouvernement tente un coup de pression pour augmenter les salaires. Depuis plusieurs semaines, les différentes branches sont en négociation sur les salaires. Dans une quarantaine de secteurs, la négociation est cruciale parce que le seuil minimum se trouve en dessous du SMIC.

Une bonne partie de ces branches ont commencé ou bien ont abouti à un accord. Mais une quinzaine de mauvais élèves rechignent à augmenter des salaires pourtant très bas. Parmi eux, l'hôtellerie-restauration, mais aussi l'habillement, les agences de voyage et la coiffure.

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Une brosse dans la main droite et un sèche-cheveux dans la main gauche, Cathy enchaîne les brushings. Ça fait plus de 30 ans qu'elle est coiffeuse, mais sa fiche de paie est presque la même que quand elle a commencé.

“Les fins de mois sont dures. Par rapport au travail qu’on fait, le fait d’être toujours debout, le relationnel avec la clientèle, les heures… Il faut vraiment aimer ce métier-là pour vouloir y rester”, appuie-t-elle.

Juste à côté, sa patronne Martine finit de coiffer une cliente. Elle aussi voudrait que son employée soit mieux rémunérée, mais pour ça, elle attend un coup de pouce du gouvernement.

“Nous, on pourrait effectivement leur donner 100 ou 150 euros de plus si on nous baisse les charges. Parce que là le problème c’est que nous on est chargé de partout donc c’est un peu compliqué d'augmenter les salaires”, justifie-t-elle.

Un manque de mobilisation?

Pourtant, si les salaires n'augmentent pas, le nombre de salariés risque de chuter. En France, déjà plus de 10.000 postes de coiffeur ne trouvent pas preneur et c'est pareil dans le salon de Martine. Depuis des mois, elle a un CDI à offrir, mais personne pour l'accepter. “Dans notre branche, on ne trouve plus de coiffeur, c'est terminé. Là, j’avais une apprentie, ça faisait trois mois qu’elle était là, vendredi elle m’a annoncé qu’elle arrêtait. C’est un métier trop pénible et le salaire ne suit pas”, ajoute-t-elle.

Pour redonner envie aux jeunes de choisir la coiffure, il faut augmenter la grille des salaires, et revoir les conditions de travail, plaide Stéphanie Prat Eymerick, secrétaire fédérale de la FGTA Force ouvrière.

“Il n’y a pas que le salaire, il y a aussi la vie personnelle qui entre en jeu parce que pour gagner le Smic, aujourd’hui en coiffure, il y a beaucoup d’heures de travail effectuées, il n’y a jamais de samedi…”, énumère-t-elle.

Être payé plus, avoir des samedis de libre... pour obtenir tout ça, la profession peine à se mobiliser. “Le problème, il est là, c’est ce que comme c’est essentiellement de la TPE, de la très petite entreprise, malheureusement il n’y a pas beaucoup de personnes qui vont descendre dans la rue pour faire valoir leurs droits”, indique-t-elle.

Cette syndicaliste aimerait voir les salaires augmenter d'au moins 2%. Les syndicats patronaux, eux, plafonnent pour l'instant leur proposition à 0.5%.

Anne-Lyvia Tollinchi avec Guillaume Descours