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Licenciée après 151 CDD: “On m’a exploitée, on a abusé de ma gentillesse”

La façade d'un conseil de Prud'hommes à Toulouse, en octobre 2013 (photo d'illustration).

La façade d'un conseil de Prud'hommes à Toulouse, en octobre 2013 (photo d'illustration). - Eric Cabanis - AFP

Une employée de maison de retraite de l’Ain a saisi le conseil des prud’hommes après avoir été brutalement licenciée à l’issue de 151 CDD consécutifs. Elle déplore “cinq années de vie de famille perdues", durant lesquelles elle n’a jamais pu partir en vacances.

Un contrat à durée déterminé n’est en théorie renouvelable que deux fois. Le sien l’a été à plus d’une centaine de reprises. Le conseil des prud’hommes a été saisi par une employée de maison de retraite de l’Ain, brutalement licenciée après avoir enchaîné 151 CDD consécutifs.

Cette mère de famille de 49 ans avait été embauchée en octobre 2010 pour un remplacement. Mais à compter de ce jour, elle n’a jamais arrêté les CDD et remplacements.

“On m’a exploitée, on a abusé de ma gentillesse. A chaque fois, c’était des CDD d’un mois, renouvelés sans arrêt. Je n’avais pas encore fini un CDD que j’étais déjà sur un deuxième CDD”, énumère-t-elle aujourd’hui.

Cinq années de vie de famille perdues

En cinq ans, avec un salaire à 1600 euros par mois, cette employée n’a eu droit à aucune pause entre ces contrats, et n’a donc eu aucune vacances.

“J’ai perdu cinq ans de vie de famille, explique-t-elle, je n’ai pas eu de vacances avec mes enfants et mon mari, ça fait beaucoup.”

Mais lorsqu’elle a émis le souhait de passer en CDI, elle a été brutalement licenciée par son employeur. “Ce qui a tout déclenché c’est que j’ai demandé un CDI. Du jour au lendemain, tout s’est arrêté. Je n’ai rien eu d’autre, je me suis retrouvée sans travail, sans rien du jour au lendemain”, déplore-t-elle.

Des précédents

L’objectif, pour elle, est que cela ne se reproduise plus. Elle espère obtenir la requalification de ses CDD en CDI, avec rupture abusive, et ainsi obtenir des dommages et intérêts. Le CDD étant strictement encadré par la loi, il peut en effet être requalifié en contrat à durée indéterminée par un juge. L’affaire passera devant le conseil des prud’hommes le 17 octobre prochain.

Si cette affaire semble hors du commun, il y a déjà eu des précédents aux prud’hommes. En février 2011, La Poste avait par exemple été contrainte de verser plus de 50.000 euros à une ancienne employée qui avait enchaîné 250 contrats à durée déterminée en l’espace de vingt-trois ans.

C.V. avec Romain Cluzel