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Passer à la semaine de quatre jours au travail: utopie ou avancée sociale?

Alors que Total a annoncé réfléchir à la possibilité de passer sur une semaine à quatre jours, le candidat écologiste Yannick Jadot a promis une concertation citoyenne sur le sujet s'il est élu. Mais pour beaucoup, c'est une idée impossible à mettre en place, en tout cas pas de façon généralisée.

La semaine de quatre jours revient dans les débats. Alors que le groupe Total annonce réfléchir sérieusement à la mettre en place, le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a expliqué ce mercredi qu'il lancerait une concertation citoyenne sur le sujet s'il était élu.

Une idée qui ne ravit pas Jean-Eudes Du Mesnil, secrétaire général de la CPME. Invité sur RMC ce jeudi matin, il estime qu’il ne faut pas que cette semaine des quatre jours devienne obligatoire.

“Si certaines entreprises se mettent d'accord avec leurs employés, qu'elles le fassent. Ce qu'on ne veut pas, c'est que ce soit obligatoire et applicable pour tout le monde de manière uniforme. Ensuite, quand on dit qu’on va travailler 35 heures en quatre jours, cela veut dire qu’au lieu de travailler 7 heures par jour, on va travailler quasiment 9 heures par jour. Donc oui, c’est une semaine de quatre jours, mais à la fin vous allez être absolument épuisé", explique-t-il.

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Selon lui, le débat, aujourd’hui, est plutôt de travailler plus que de travailler moins. Un avis que semble partager Elisabeth Borne, la ministre du Travail. Face à Apolline de Malherbe, ce jeudi matin sur RMC/BFMTV, elle a assuré qu’on ne pouvait pas imposer une telle mesure dans les entreprises.

“Je pense qu’il faut arrêter de raconter n’importe quoi aux Français. Je pense que ça peut se discuter dans certaines entreprises, mais je ne pense pas que ça puisse être une mesure générale. Il s’agit de faire en quatre jours ce que l’on faisait en cinq jours, ce qui peut être beaucoup de stress pour les salariés. Mais on ne va pas laisser croire aux gens que l’on peut travailler moins sans qu’il y ait un impact sur le pouvoir d’achat. Et je pense que ce que les Français nous disent aujourd’hui, c’est que leur préoccupation, c’est plutôt le pouvoir d’achat. Je pense que ce n’est pas une mesure que l’on peut imposer, d’en haut”, appuie-t-elle.

Pourtant, pour Sandrine Rousseau, présidente du conseil politique de Yannick Jadot, cela représenterait plein d’avantages. “L’idée est de pouvoir reprendre le travail sur sa vie, de ne pas passer sa vie à travailler et d’améliorer la qualité des emplois. Si on regarde les emplois les plus difficiles, dans l’hôtellerie-restauration ou les soins, la semaine de quatre jours est appelée, demandée, par les personnels parce que le travail est si dur. Diminuer le temps de travail, sans diminuer le salaire, ce serait une augmentation de la qualité de vie”, assure-t-elle.

L'exemple de LDLC

Sandrine Rousseau affirme par ailleurs que passer à des semaines de 32 heures permettrait de créer de l’emploi. 

“Les études macroéconomiques montrent quand même que la réduction du temps de travail, c’est ce qui crée de l’emploi aujourd’hui. Les 35 heures ont créé 350.000 emplois. Les 32 heures pourraient en créer plus d’un million. Ça ne crée jamais autant d’emplois qu’on l’espère, mais ça en crée quand même. De toute façon, ça dynamise des secteurs. Ça permet de faire bouger les personnes, d’avoir aussi des multi-compétences. C’est aussi diminuer la pression sur les postes, les burn-outs, les maladies professionnelles… Même le Japon est en train de s’y mettre”, appuie-t-elle.

En France, certaines entreprises y sont déjà passées. C’est notamment le cas de l’entreprise lyonnaise LDLC qui pratique la semaine de quatre jours depuis un an. Une idée qui vient directement du patron, Laurent de la Clergerie. “Quand on l’a mise en place, on s’est dit, on aura une clause de revoyure à trois mois et on corrigera ce qui ne va pas, mais on n’a jamais rien eu à corriger”, assure-t-il.

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“Les gens sont devenus beaucoup plus efficaces"

Les salariés sont donc passés à quatre jours. Des temps partiels à 32h, avec majoration du taux horaire. Sans baisse de salaire. Et sans baisse de productivité pour l’entreprise. 

“Les gens en quatre jours sont devenus beaucoup plus efficaces et ont fait le travail qu’ils faisaient avant en quatre jours, et même en un peu moins d’heures”, précise Laurent de la Clergerie.

Pour le lobbyiste Thierry Coste, cette proposition de Yannick Jadot est complètement utopique. "C’est pathétique. Les Verts ont l’avantage, c’est qu’en période électorale, ils promettent la lune. Il faut être réaliste, bien sûr qu’il y a quelques entreprises qui réussiront le passage aux quatre jours, mais dans la plupart des cas, c’est juste impossible. Et les gens ne demandent pas à travailler nécessairement moins, ce qu’ils veulent, c’est gagner correctement leur vie dans leur travail", appuie-t-il.

En Espagne, la semaine de quatre jours va être testée en 2022 dans près de 200 entreprises volontaires pendant trois ans. À l’issue de ce test, les résultats seront comparés avec la productivité d’autres entreprises pour voir si ce système est viable. 

Guillaume Descours