RMC

Un jour de repos en plus sans perte de salaire: comment fonctionne la semaine de 4 jours au travail?

Dans certaines entreprises on réduit la voilure. Des sociétés ont choisi de ne travailler que quatre jours par semaine sans perte de salaire pour les employés. Un système qui ravit patrons et travailleurs. Mais inapplicable à l'ensemble du monde du travail.

Que diriez-vous de travailler 4 jours par semaine et de gagner tout autant qu’une semaine de 5 jours?

Cette proposition est revenue dans le débat public à la faveur de la primaire écologiste sous l’impulsion de Sandrine Rousseau et pourrait ressortir dans les débats d'ici à l'élection présidentielle. Avant une utopique généralisation, quelques entreprises se sont déjà lancées en France.

Chez LDLC, une société de vente de matériel informatique, 800 des 1000 salariés travaillent 32 heures par semaine sur 4 jours et sans perte de salaire depuis janvier dernier. "L'idée d'abord c'était de les faire travailler 4 jours, ensuite on est passé à 32 heures parce que c'était plus supportable", explique sur RMC Laurent de la Clergerie, fondateur et président du directoire de LDLC.

"On voulait donner un autre jour de libre dans la semaine pour enlever une pression que l'on peut avoir au travail. On passe sa journée au travail, on rentre on s'occupe des enfants et on fini sa journée à 21h. Le week-end, on fait tout ce qu'on n'a pas pu faire pendant la semaine. L'idée d'un jour de repos en plus, c'est de donner la possibilité de faire ce qu'ils n'ont pas le temps de faire ce jour-là et d'avoir un vrai week-end de repos puis une vraie semaine de travail", détaille-t-il.

>> A LIRE AUSSI - Un chômage historiquement bas depuis 2008: comment l'emploi s'est relevé malgré la crise

"Ça nous a changé la vie"

Et les employés sont ravis à en croire David: "Ça nous a changé la vie. Certaines personnes ont fait des économies de nounous ou de carburant", raconte-t-il, expliquant avoir un repos supplémentaire le vendredi une semaine sur deux, et le jeudi l'autre semaine. Et en avril, les bas salaires au Smic ont été augmenté pour atteindre 1500 euros par mois. "Notre patron met tout en place pour que nous soyons bien au travail", ajoute-t-il.

Chez Yprema, une entreprise de transformation des déconstructions du BTP en matériaux routiers, cela fait 24 ans que l'on travaille 4 jours par semaine: "Ça change tout. On peut profiter des enfants et faire les tâches quotidiennes. De temps en temps je retourne en semaine de 5 jours et je le vois, je suis rincée à la fin", raconte Catherine assistante en communication dans la société depuis 7 ans. Et au niveau du travail, elle voit aussi la différence: "On n'a que 4 jours pour faire ce que l'on a à faire, donc il n'y a pas de temps perdu", assure-t-elle.

Mais quel est l'intérêt pour l'entreprise? Il y a d'abord une petite astuce.

La société ne ferme aucun jour de la semaine: "Les salariés n'ont pas toujours un week-end de trois jours parce que la société doit fonctionner sur cinq jours. Ils ont un jour dans la semaine qu'ils se répartissent, ce n'est pas systématiquement le vendredi", explique Laurent de la Clergerie.

Mais un jour supplémentaire de repos permet d'avoir des salariés en meilleure forme sur leurs 4 jours ouvrés: "J'avais parié qu'ils allaient travailler autant en étant plus efficace. En 32 heures sur 4 jours ils font le travail comme avant, ils sont heureux à la fin de la semaine, ils ne forcent pas et ils ont le sourire tous les jours".

Contrairement à ce que Laurent de la Clergerie pensait lui-même, la semaine de 4 jours n'a pas créé d'emplois. Chez LDLC, seuls 2 à 3 salariés en plus ont été recrutés: "Ce n'est rien du tout par rapport à la société", raconte-t-il. Mais chez Yprema, on a tout de même du recruter 10% de salariés en plus: "On a créé des binômes capables de tenir un poste et d'assurer la continuité", explique Susana Mendes, la secrétaire générale de l'entreprise.

"Dans mon métier c'est impossible"

Si l'effet direct sur l'emploi peut paraître modéré, c'est très efficace pour le moral. Et indirectement finalement, cela pourrait peut-être permettre de lutter contre le chômage estime Laurent de la Clergerie: "Ces personnes qui vont avoir un jour de plus dans la semaine, il va falloir qu'elles l'occupent, par le loisir ou par le fait de remplir les magasins souvent vides en semaine", prédit-il.

Quid des auto-entrepreneurs ou des commerçants? "C'est une aussi bonne idée que les 35h payées 39. La plupart des entreprises n'ont pas réussi. Pour les petites entreprises ça été un casse-tête", explique Christophe un auditeur de RMC, salarié en boulangerie puis à son compte et désormais auto-entrepreneur dans le nettoyage: "Il faut remettre la valeur-travail. Je pourrai la faire la semaine de 4 jours mais je ne gagnerais pas beaucoup. Je suis sur une semaine de 6 jours maintenant. Je gagne bien ma vie mais je travaille!", plaide-t-il.

"C'est sûr que c'est une bonne idée mais dans mon métier c'est impossible, déjà qu'on a du mal à trouver du personnel", déplore Philippe, boulanger à Hendaye. "On donne envie de rêver aux gens mais il faut être logique. On peut le faire dans certaines grosses entreprises ou usines, mais pas dans petits commerces", ajoute-t-il. 

Un système qui marcherait donc dans les très grosses entreprises mais pas chez les petits indépendants. Qui pourrait tout de même en profiter en voyant les salariés à ce régime consommer plus.

>> A LIRE AUSSI - Une prime de 1.000 euros pour des demandeurs d'emploi de longue durée: qui en bénéficiera?

Guillaume Dussourt et Romain Poisot