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Vers une interdiction de manifester contre la loi Travail à Paris: "Le gouvernement fait fausse route"

Organiser un nouveau défilé jeudi à Paris, comme le souhaitent les syndicats opposés à la loi Travail, "n'apparaît pas envisageable", a affirmé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Dès lors, l'idée qu'un gouvernement de gauche puisse interdire une manifestation portant sur des questions sociales provoque une nouvelle fracture à gauche.

Les anti-loi Travail pourront-ils manifester jeudi à Paris? Le gouvernement a tranché: après les incidents de la semaine dernière, le défilé sera interdit pour éviter les casseurs, la violence et les dégradations. Seul "un rassemblement statique" place de la Nation devrait être autorisé. Les syndicats dénoncent une dérive "autoritaire" du gouvernement et maintiennent leur projet de manifester. Ils écartent toutefois un rassemblement statique qui serait, selon eux, "beaucoup plus dangereux".

Si chacun se renvoie donc la patate chaude, politiquement, cette prise de position de l'exécutif pourrait avoir des conséquences. En effet, l'idée qu'un gouvernement de gauche puisse interdire une manifestation portant sur des questions sociales provoque une nouvelle fracture à gauche. "Nous sommes dans un bras de fer incontrôlé, tant du côté de la CGT que du côté de Valls", explique un parlementaire socialiste qui décrit un malaise grandissant au PS.

"Valls a une obsession maladive de l'autorité"

Et pas seulement chez les frondeurs. Car pour bon nombre de socialistes, la liberté de manifester doit être assurée coûte que coûte, qui plus est par un gouvernement de gauche. "Manuel Valls a une obsession maladive de l'autorité", explique un député, loin d'être un frondeur. "Moi, ça me donne envie de manifester", ajoute-t-il. "Je le dis très clairement: en tant que député socialiste, je ne me reconnais pas dans une mesure d'interdiction de manifester", assure aussi Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine.

"Je pense que l'on ne peut pas prétexter les incidents regrettables de l'hôpital Necker pour interdire toutes les manifestations, poursuit-il. Car si on interdit celle-là, cela veut dire qu'on va en interdire d'autre. On est dans l'escalade et je crois que le gouvernement fait fausse route. Je crains donc que l'on ne rentre dans un cycle de provocations et de répressions et l'on sait toujours, qu'à ce moment-là, ce n'est pas forcément l'autorité du gouvernement qui va en sortir grandi…" Mais du côté du Premier ministre, il n'est pas question de sortir de la ligne tracée.

M.R avec Stéphanie Collié