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"Expliquez-nous": le mystère des pays voisins touchés ou pas par le coronavirus

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour. Aujourd'hui, il s'intéresse à la disparité des effets du Covid-19 dans des pays voisins touchés ou épargnés.

Plus le temps passe, plus le mystère s'épaissit: pourquoi des pays voisins peuvent être touchés ou épargnés par le virus, alors qu’ils ont le même types de population, de climat, de politique, de culture. Comment peut on l’expliquer? Mal… Très mal.

Pourquoi, par exemple, l’Irak et l’Iran deux pays voisins, n’ont pas du tout le même bilan? 6.700 morts en Iran, 112 en Irak. 60 fois moins! L'écart est stupéfiant.

Prenons les voisins de la Chine qui auraient pu être touchés très tôt. Le Vietnam et ses 100 millions d’habitants: zéro mort. Le Laos, aucun mort non plus, le Cambodge non plus, la Birmanie, 6 morts seulement. Le virus n’a pas traversé les frontières sud de la chine. 

Autre exemple à l’autre bout du monde, Haïti et Saint-Domingue. Ces deux pays qui occupe chacun la moitié de la même île dans les Caraïbes. La très pauvre Haïti à l’ouest, la moins pauvre République Dominicaine à l’est. 

Haïti, surpeuplée, sans système de santé, ravagée par un séisme. La République Dominicaine beaucoup plus développée, vivant du tourisme et avec de bonnes infrastructures hospitalières. Et bien qu’est ce que ça donne? L’inverse de ce que l’on pourrait penser: c’est le pays riche qui est touché, le plus pauvre est épargné. Il y a 22 fois moins de morts à Haïti.

On constate les mêmes disparités si l’on regarde les grandes villes. La densité de la population est, bien sûr, un facteur aggravant. Les très grandes villes occidentales telles que New York, Londres, Paris, Milan sont très touchées. Mais rien ou presque à New Delhi, à Bangkok, au Caire, à Lagos. Ou même à Pékin et à Shanghai…

Comment essayer d’expliquer ces mystères?

Il y a plusieurs explications possibles mais aucune n’est suffisante. 

Par exemple, le climat. Les pays tropicaux sont moins touchés que les pays tempérés, c’est sur. Mais des pays tropicaux, comme le Pérou, l’Equateur, ou l'Indonésie sont très impactés. Alors que certains de leurs voisins de ne sont pas…

On a aussi évoqué la lumière, et les UV qui pourraient tuer le virus. Mais l’explication est un peu courte parce qu’il y a autant de soleil en Iran qu’en Irak, autant à Haïti qu'à Saint Domingue. 

L'âge de la population ne pourrait-elle pas être une explication? L’Afrique, le continent le plus épargné, a la population la plus jeune du monde avec 50% des Africains qui ont moins de 20 ans. Mais cela n’explique pas tout. L'indonésie et le Cambodge ont des populations d'âge comparable. L'indonésie a 1000 morts, le Cambodge... zéro. 

En Europe, la population française est sensiblement plus jeune que la population italienne, et pourtant on ne s’en sort pas mieux que nos voisins. L'âge ne suffit donc pas à expliquer le mystère des pays voisins. 

Et quid des politiques? 

Les décisions des gouvernements et des autorités sanitaires se voient. Par exemple, c’est ce qui explique l'énorme différence entre la Norvège et la Suède. Deux pays presque jumeaux mais la Suède compte 15 fois plus de morts que la Norvège. C’est très certainement dû a son choix de ne pas confiner.

Mais les politiques sanitaires encore une fois n’expliquent pas tout. Le Vietnam, par exemple, se vante d’avoir très tôt fermé les frontières avec la Chine et d’avoir généralisé le port du masque. Mais la Thaïlande voisine a accueilli très longtemps des touristes chinois et présente un aussi bon bilan… Et le Cambodge voisin n’a aucun mort sans avoir jamais confiné sa population. 

Ces mystères fascinent les spécialistes des épidémies et de nombreuses études sont en cours: on cherche dans toutes les directions. Les disparités pourraient avoir des causes génétiques, c’est une hypothèse. La culture, les régimes alimentaires sont également étudiés. On se demande aussi si les populations qui sont plus vaccinées par exemple contre la tuberculose ne sont pas plus protégées.

Pour comprendre, il faut aussi tenir compte des statistiques qui parfois ne valent pas grand chose. Il y a des pays où l’on ne teste pas, et où ne compte pas les morts. Il y a aussi des régimes qui peuvent mentir ou tricher. Quand la junte militaire birmane annonce zéro mort, on n’est pas obligé de la croire. 

Mais, on aura un jour une réponse à toutes ces questions parce qu’il n’y a rien qui sera plus étudié que cette épidémie. On s'apercevra peut être que ce qui protège un pays plutôt qu’un autre, c’est un mélange de toutes ces explications. Le climat, l'âge moyen, les précautions prises, le civisme, la génétique, les vaccins… Plus une dernière hypothèse évoqué par des chercheurs cités par le New York Times, qui a consacré une longue enquête au sujet: la chance... Le coup de bol qui fait qu’on passe a travers ! 

Nicolas Poincaré