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"Expliquez-nous": qui est le journaliste controversé Taha Bouhafs?

Vendredi soir, la soirée d’Emmanuel et Brigitte Macron dans un théâtre parisien a été perturbée par des manifestants. Un "journaliste", Taha Bouhafs a été interpellé pour avoir tweeté depuis la salle de spectacle la présence du président de la République. Il a été remis en liberté après 24 heures de garde à vue. Que s'est-il passé?

Le journaliste Taha Bouhafs a appris juste avant la représentation qu’Emmanuel Macron allait y assister. Il s’y est donc rendu, il a acheté une place et s’est retrouvé trois rangs derrière le président. A ce moment, il tweete: "Je suis aux Bouffes du nord. Métro porte de la Chapelle. Des militants sont dans le coin, et appellent tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare...".

Puis il a écrit un deuxième tweet demandant: "A votre avis est-ce que je fait une George Bush avec mes baskets?". Allusion à un journaliste militant Irakien qui avait jeté sa chaussure sur le président américain à Bagdad.

Appel à une manifestation sauvage ou pas?

On connaît la suite. Une heure plus tard quelques dizaines de militants sont rentrés brièvement dans le théâtre et même pendant 30 secondes dans la salle. Emmanuel Macron a été mis à l’abri quelques instants avant de revenir assister à la fin du spectacle. A la sortie, Taha Bouhafs a été interpellé et placé en garde à vue. Le parquet le poursuit pour participation un un groupement formé en vue de commettre des violences.

Lui et ses proches font valoir qu’il n’a fait que twitter la présence du président de la République, donc donné une info. Le parquet fait remarquer que lorsqu’il écrit "Je suis aux bouffes du nord métro porte de la Chapelle", ça ressemble beaucoup à un appel à une manifestation sauvage contre le président de la République. Mais à l’issue de la garde à vue, le juge d’instruction ne l’a pas mis en examen, simplement placé sous le statut de témoin assisté.

Qui est Taha Bouhafs?

C’est un garçon de 22 ans seulement, qui est né en Algérie et qui a grandi à Echirolles, un quartier populaire de la banlieue de Grenoble. On le connaissait déjà avant ce week-end pour avoir filmé Alexandre Benalla, frappant des manifestants place de la Contrescarpe. C’est lui qui avait filmé mais c’est Le Monde deux mois plus tard qui a révélé que c'était Alexandre Benalla sur les images.

Taha Bouhafs a aussi été l’un de principaux organisateurs de la marche contre l’islamophobie, le 10 novembre dernier. On l’avait vu en tête de cortège assis sur un camion et chantant au micro pendant plus de quatre heures. Cette marche avait été contestée parce que les organisateurs dénonçaient les lois sur le voile comme étant liberticides.

Lui-même considère le “laïcisme” comme étant un “intégrisme”. Il déteste Charlie Hebdo et considère Philippe Val, l’ancien patron de Charlie Hebdo, comme le "pire des salopards". Il traite de collabo un certain nombre de femmes d’origine musulmane mais critiques vis à vis de l’Islam, ou de l’islamisme.

Pour être complet il faut rajouter que Taha Bouhafs c’est aussi un jeune homme qui avait affirmé qu’un étudiant était mort ou grièvement blessé lors d’une intervention de la police à la fac de Tolbiac. Il avait écrit que les CRS épongeaient le sang. En fait il n’y avait ni mort ni blessés. Il a aussi été le plus jeune candidat de la France Insoumise aux législatives de 2017. Il avait obtenu 11% des voix en Isère à 20 ans seulement. Il a depuis pris ses distances avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, l’accusant de complaisance avec des islamophobes.

Il est devenu ces derniers mois la bête noire des syndicats de policiers

En juin dernier, il a été arrêté de façon très musclée à Alfortville pendant une manifestation de sans-papiers. Il a eu l’épaule déboîtée, des traces de coups sur le corps et les médecins lui ont prescrit 10 jours d'incapacité totale de travail. Il a ensuite publié une photo de cette interpellation en donnant le nom et le prénom du policier qui l'a interpellé en disant: "On ne te lâchera pas".

Un syndicat de policiers, Alliance, a alors publié un tract qui le menace et le représente en chien enragé. Ensuite, l’adresse des ses parents en province a été publiée sur internet avec des menaces. A ce moment-là, même Alexandre Benalla a pris sa défense. De même que 23 sociétés de journalistes qui ont protesté contre son arrestation violente, contre sa garde à vue et contre la confiscation de son téléphone portable.

Il a porté plainte pour violences mais finalement c’est lui qui sera jugé dans un mois pour outrage et rébellion

Les syndicats de policiers contestent qu’il puisse se dire journaliste. Et pourtant il l’est. Les textes sont clairs. Est journaliste celui qui reçoit la majorité de ses revenus d’une entreprise de presse. C’est le cas, il est salarié du site en ligne "Là-bas si j’y suis" qui est reconnu comme une agence de presse. Taha Bouhafs est généralement présenté comme un journaliste militant. Ce qu’il conteste, se disant pas plus militants que beaucoup d’autres.

Pourtant lui-même sur Twitter se présentait encore récemment comme "militant des quartiers populaires" et aujourd’hui comme "journaliste des luttes". En lutte donc désormais aussi contre les sorties au théâtre d’Emmanuel Macron.

Nicolas Poincaré