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Français tué en Syrie: le combat d'une famille pour faire reconnaître, en France, son décès

Les autorités françaises refusent de reconnaître la mort des Français décédés dans les rangs de l'Etat islamique

Les autorités françaises refusent de reconnaître la mort des Français décédés dans les rangs de l'Etat islamique - AFP

TEMOIGNAGES RMC - Selon nos informations, 111 Français sont morts en Syrie et en Irak. Si la majorité d'entre eux sont décédés lors de bombardements ou de combats au sol, neuf ont commis des attentats suicides à bord de camions remplis d'explosif. Ce mardi, RMC diffuse le témoignage d'une famille dont le fils est mort en Syrie après avoir rejoint les rangs de l'Etat islamique.

Il s'appelait Sami. Originaire de Garges-lès-Gonesse en Seine-Saint-Denis, il est parti le 28 avril 2014 gonfler les rangs de l'Etat islamique en Syrie. Devenu Abou Khatab, il s'était radicalisé en quatre mois à l'écart de sa famille. Ce fan de rap et de football a tout laissé tomber pour aller combattre. Il voulait mourir en martyr. Il est décédé le 9 mars dernier à 22 ans dans un accident de voiture.

Mais Sami est loin d'être un cas isolé. En effet, selon nos informations, 111 Français ont trouvé la mort en Syrie et en Irak. Si la majorité d'entre eux sont décédés lors de bombardements ou de combats au sol, neuf ont commis des attentats suicides à bord de camions remplis d'explosif. Ce mardi, RMC diffuse le témoignage de la famille de Sami et notamment celui de sa mère, Azziza, qui se bat pour faire reconnaître son décès en France. Car à l'heure actuelle, aux yeux des autorités françaises, sans preuve officielle, ce n'est pas le cas.

"C'est comme s'il n'était pas mort"

Pourtant, sa famille a reçu plusieurs vidéos de son enterrement après son accident. Sur les images, que nous avons pu visionner, Sami est enveloppé dans un linceul blanc, son corps recouvert de terre. Il semble être dans un cimetière mais difficile d'en savoir plus. Cependant, Azziza nous montre également un autre document, beaucoup plus rare: "C'est le certificat de décès de mon fils qu'on a reçu. Comme un vrai Etat, ils ont en effet des certificats, des extraits de mariage, de divorce… Mais je ne peux pas me présenter avec ça à la banque pour faire fermer les comptes de mon fils".

Sur ce document en haut à droite, très reconnaissable, le drapeau noir de l'Etat Islamique... Le certificat a été fait dans un hôpital syrien mais, pour les autorités françaises, il n'a aucune valeur: "C'est comme s'il n'était pas mort… Il n'y a aucune reconnaissance, fulmine Azziza. Je veux un acte, quelque chose qui prouve que mon fils est décédé ne serait-ce que pour effectuer les démarches. Mais pas pour faire le deuil… Le deuil, on ne le fera jamais… On veut juste qu'ils reconnaissent que mon fils est mort".

Le certificat délivré par l'Etat islamique à la famille de Sami
Le certificat délivré par l'Etat islamique à la famille de Sami © Céline Martelet

"L'impression que le gouvernement nous considère comme des complices"

Ce que confirme Mouna, la sœur de Sami: "Aujourd'hui, on ne peut clôturer ses comptes bancaires, résilier sa ligne téléphonique. Je me vois mal aller à la banque avec le certificat de Daesh et leur dire de clôturer le compte. Je n'ose même pas y aller… Je n'ose pas… Ce n'est pas possible". Pour l'instant, la France n'a pas délivré d'avis de décès aux 111 familles des jihadistes morts en Syrie ou Irak. Les autorités craignent en effet que certains Français partis faire le jihad se déclarent morts pour échapper aux contrôles. C'est pourquoi, Azziza et d'autres familles touchées lancent un appel au gouvernement pour qu'il mette en place une procédure exceptionnelle.

Mouna, de son côté, dénonce cette situation: "J'ai l'impression que le gouvernement nous considère un peu comme des complices. Ma mère n'a pas mis au monde un enfant terroriste. On a subi leur choix malheureusement… Nous, on a tout fait pour qu'il rentre. On a même aidé la police. Aujourd'hui, nous sommes donc des victimes et non des complices". En attendant une éventuelle reconnaissance de la France, Azziza vit accrochée aux photos de son fils en espérant un jour se rendre en Syrie pour se recueillir sur sa tombe…

Maxime Ricard avec Céline Martelet