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A Palmyre, l'Etat islamique "essaye de gagner la confiance des habitants"

La coalition internationale se retrouve ce mardi à Paris afin échanger sur une stratégie commune alors que l'Etat islamique gagne de plus en plus de terrain. En Syrie, les jihadistes sont entrés le 21 mai dans la ville antique de Palmyre. RMC a rencontré un réfugié syrien, qui a fait la description de l'état de cette ville classée au patrimoine mondial de l'humanité.

Quelle stratégie pour faire face aux avancées du groupe Etat islamique en Syrie et en Irak? Cette question sera au centre du sommet qui a lieu ce mardi à Paris et qui réunit les pays membres de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, dont les quelque 4.000 raids en dix mois n'ont pas réussi à stopper les jihadistes. Mais c'est aussi la récente prise de Palmyre (Syrie), le 21 mai dernier, qui pousse aujourd'hui la coalition à revoir sa stratégie. Une ville antique, classée au patrimoine mondial de l'humanité, dont Mohamed Taha, réfugié syrien à Paris, fait la description ce mardi sur RMC.

Cet opposant historique au régime de Bachar al-Assad, ancien archéologue, a encore beaucoup de ses proches sur place. Des proches dont il n'a que peu de nouvelles: "C'est l'angoisse à chaque fois. Là par exemple, ils m'ont donné un rendez-vous Skype mais je ne les ai pas eus. Du coup, ça commence à travailler dans ma tête… Ont-ils été capturés...", dit-il, dans un français impeccable. Mais la semaine dernière, sa famille lui a envoyé des photos de l'état de la ville.

"Une application dure de la charia"

"Ils ont été déplacés sauf mon père qui refuse de quitter la maison. Il a 62 ans et il préfèrerait mourir chez lui", affirme-t-il. Les bombardements du régime au moment de l'entrée de Daesh dans la ville ont détruit plusieurs quartiers, tués beaucoup de personnes… Et puis la vie sous la coupe de l'Etat Islamique a commencé. "Ils ont promis de rétablir l'électricité et l'eau. Ce qu'ils ont fait… Ils ont aussi ramené du matériel pour faire fonctionner l'hôpital de Palmyre… Ils donnent de meilleurs salaires… Jusqu'à maintenant, à mon avis, ils essayent de gagner la confiance des habitants. C'est dangereux mais les gens sont quand même méfiants. Ils disent tout le temps: 'On ne sait pas ce qu'il nous attend demain'", assure Mohamed Taha.

Cet ancien archéologue livre d'autres détails de la vie quotidienne sur place: "Un des principes est l'application dure de la charia. Pour autant, jusqu'à présent, personne n'a eu la tête coupée parce qu'il a bu de l'alcool". Mais selon lui, cette forme de statu quo ne va pas durer bien longtemps. "Il va y avoir un conflit quelque part, prédit-il. Personne ne pouvait imaginer qu'un jour un Etat allait imposer la loi religieuse sur tous les Syriens car c'est impossible".

"Les Syriens préfèrent le jihad à Bachar"

Pour l'instant Daesh n'a pas touché aux fameuses ruines de Palmyre, mais les jihadistes ont malgré tout assassiné plusieurs centaines d'hommes, de femmes, a priori tous proches du régime. C'est pourquoi, Mohamed Taha donne ce conseil à la communauté internationale: pour lutter contre l'Etat islamique, il faut d'abord s'en prendre à Bachar al-Assad. "Il faut se débarrasser de ce régime et après on s'occupe du reste. L'Etat islamique est une situation parasite : une fois que le régime part, ce parasite va disparaître, estime-t-il. Pour les Syriens, le pire du pire c'est ce régime car Bachar a détruit son pays".

Il considère aussi que "ce n'est pas à la communauté internationale de choisir. Même si le monde entier veut nous imposer encore le régime de Bachar, je peux vous assurer que tous les Syriens se tourneront vers l'Etat islamique. Ils préfèrent le jihad que Bachar al-Assad".

Maxime Ricard avec Thomas Chupin