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Glottophobie: au fait, pourquoi avons-nous des accents selon les régions de France?

Député de l'Hérault, Christophe Euzet veut pénaliser la "glottophobie", déplorant que les accents français soient moqués et parfois discriminés à l'embauche. Mais d'où viennent ces intonations si moquées?

La proposition peut faire sourire, pourtant, il s'agit d'un véritable obstacle à la réussite. Pour lutter contre ces discriminations, une proposition de loi visant "à promouvoir la France des accents", doit être examinée ce mercredi à l’Assemblée nationale, en commission des lois.

L’auteur de cette proposition de loi, le député LREM de l’Hérault Christophe Euzet entend lutter contre la "glottophobie" et la faire condamner alors que 30 millions de Français disent avoir un accent, 17 millions affirment être moqués et 11 millions être discriminés selon l’élu.

Journalistes, avocats, présentateurs TV : les accents ont disparu selon l'élu. Il y a un Français standard. On est, soit obligé de cacher son accent, soit de se voir fermer des portes. "Le phrasé 'neutre' est celui des élites parisiennes", déplore le linguiste Philippe Blanchet.

Mais alors d'où viennent les accents? 

Selon un chercheur en linguistique au CNRS, Philippe Boula de Mareuil, qui a sorti le livre "D'où viennent les accents?" en 2010, les intonations de certains mots est d’abord une question de mimétisme.

On s’identifie au groupe social dans lequel on évolue, on parle comme lui, et donc on adopte la même prononciation…

Mais comment expliquer l’origine de ces prononciations différentes? C’est le fruit des multiples langues régionales qui se sont développées en même temps que la langue française, dit l’auteur. L'occitan, le gascon, le provençal, le breton, le basque, pour ne citer qu’eux, ont façonné un ton et coloré des mots. C’est pour cela que dans certaines régions on roule les "R", que dans d’autres on prononce le "S" de "moins" par exemple. 

Et puis, le chercheur évoque enfin une autre question: celle des "sans accent".

Là encore c’est une affaire de tradition: si les Parisiens ne parlent pas comme les "Titis", dont le meilleur exemple est l’actrice Arletty, ils s'expriment en "Parisien bourgeois", celui devenu la norme à la Cour royale au 17ème siècle.

Et l’auteur explique ainsi que les accents, en plus de leur provenance géographique, revêtent alors un aspect social… 

Louis Amar et Xavier Allain