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Hélène Romano, psychologue, sur RMC: "Le psychisme a besoin de temps pour supporter l'horreur"

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Comment se reconstruire lorsque l'on a perdu un proche, lorsque l'on a subi de près ou de loin des attentats? Hélène Romano, docteur en psychopathologie, était l'invitée de Raphaëlle Duchemin, ce matin sur RMC.

La France est sous le choc. Certaines familles attendent encore des nouvelles de leurs proches. Un temps d'attente particulièrement compliqué explique sur RMC la psychologue Hélène Romano: "Certaines personnes avaient leurs papiers sur elles, d'autres non. Les explosions ont fortement endommagé les corps donc il faut attendre. C'est un temps absolument effroyable parce qu'on pense toujours à d'autres hypothèses: il a perdu son téléphone, il a une perte de mémoire. Et plus le temps passe sans nouvelle et plus la réalité du décès commence à s'imposer dans les esprits".

Des décès particulièrement difficiles à assimiler: "Toutes les personnes qui sont confrontées à des morts violentes n'y croient pas. La mort est déjà insupportable mais quand quelqu'un qui est parti en bonne santé faire la fête est mort, ça n'a aucun sens. Psychologiquement, vous ne pouvez pas l'entendre", dit la psychologue.

"Il y a la vie d'avant et la vie d'après"

Et pour les personnes qui ont subi ces attentats de près ou de loin, "l'appréhension est inévitable" dans le futur, estime Hélène Romano: "On vit avec une angoisse une anxiété, cela va dépendre des ressources des personnes. Il est évident qu'il y a la vie d'avant et la vie d'après. Il y a des endroits dans lesquels on ne peut pas aller comme si de rien n'était. On est dans une société où tout va très très vite, il faut rappeler que le psychisme a besoin de temps pour supporter l'horreur".

Collectivement, la population est aussi atteinte: "Si on compare avec les attentats de janvier c'est que ceux de janvier ciblaient essentiellement des professionnels très symboliques, il y avait une autre dimension. Là c'est Monsieur et madame tout le monde donc c'est anxiogène pour tout le monde. C'est très violent de pouvoir se dire que ça peut arriver n'importe quand à n'importe qui. Mais la vie doit reprendre, il s'est passé quelque chose d'effroyable mais il ne faut pas céder aux terroristes, il faut se laisser du temps pour réapprendre à faire confiance et à réapprendre à vivre".