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Homophobie dans les stades: échanges très tendus entre des supporters et Jean-Jacques Bourdin

Provocation ou homophobie latente? Les chants homophobes continuent à pourrir les matches de Ligue 1, comme lors de Nice-Marseille, qui a été interrompu mercredi soir. Tout au long de la matinale, Jean-Jacques Bourdin s'est confronté en direct à plusieurs supporters.

Le débat était particulièrement vif sur RMC lors de "Bourdin Direct", au lendemain de nouveaux incidents en Ligue 1. 

Mercredi soir, des banderoles et des chants à caractère homophobes ont pourri le match Nice-Marseille, qui a dû être interrompu douze minutes à l'Allianz Riviera. 

Alors que le gouvernement et les instances en font une priorité, le casse-tête de la lutte contre l'homophobie dans les stades est loin d'être résolu. RMC et Jean-Jacques Bourdin ont confronté plusieurs avis tout au long de la matinale, jeudi. 

"Ne serait-il pas temps de cesser cette 'tradition' des insultes homophobes dans les stades?"

Le journaliste, supporter de Nîmes, dont un match a également été brièvement arrêté le week-end passé pour des chants provocateurs, a d'abord pris Pierre, un auditeur de l'Hérault.

Pour lui, "il faut arrêter avec le politiquement correct! On en fait des caisses. Aujourd'hui, on ne peut plus rien dire, on ne peut plus rien faire. Si chaque fois, on m'était quelqu'un du Midi en prison parce qu'il dit 'enc...', il faudrait ouvrir 3000 prisons en France. De toute façon, ce n'est pas en arrêtant des matchs tous les week-ends que ça va faire avancer les choses. Dans les stades de rugby, on n'a pas les banderoles, mais ce sont les mêmes choses, et c'est tout le week-end" lance-t-il alors. 

L'équipe de Jean-Jacques Bourdin s'oppose: "Mais il ne serait pas le temps de cesser cette 'tradition' des insultes homophobes dans les stades? C'est vrai que lorsqu'on entend certaines insultes, ce n'est pas à caractère homophobe. Mais ce qu'il se passe à Nice, c'est plus clair. Les mots 'pédale' et 'gay' écrits en lettres arc-en-ciel sur des banderoles, c'est de la provocation. Il faut en appeler à la raison les clubs de supporters, il faut calmer les choses" explique le matinalier de RMC.

"C'est une lutte des classes. Vous ne voulez plus des beaufs"

Justement, vers 6h40, Nicolas, supporter du PSG, a souhaité réagir à l'antenne. Le ton est alors rapidement monté entre les deux hommes en direct sur RMC. Au cours d'un échange de cinq minutes, l'Ultra du PSG confie que le "foot, c'est toute ma vie":

"Les Ultras ont raison de s'exprimer. C'est n'importe quoi ce qu'il se passe. Les supporters sont un peu cons. Et plus, on va nous pousser dans nos retranchements, plus on va l'être. Avant, le foot était populaire. Aujourd'hui, c'est 'the place to be', il ne faut plus boire de bière, de dire des insultes. C'est quoi ce monde? On n'est pas au théâtre quand on va voir un match de foot. En fait, on veut changer les supporters. Vous ne voulez plus de nous dans les stades, vous nous voulez dans les bars. C'est une lutte des classes. Vous ne voulez plus des beaufs, vous voulez nous virer!"

Agacé, Jean-Jacques Bourdin coupe court: "Vous permettez que je parle? Vous connaissez peut-être le PSG. Mais pas le fonctionnement d'autres clubs. Je vous demande de réfléchir deux minutes. Tous les clubs font des efforts. Vous connaissez le prix des places à Nîmes? C'est 5 ou 10 euros..."

"Ben, c'est le prix pour aller voir jouer Nîmes" tente alors Nicolas, dans un trait d'humour. "Vous parliez de mépris, et bien voilà, le mépris, vous venez de l'exprimer. Je vous laisse", conclut le taulier de RMC.

"Moi, ça me choque!" 

Cédric, gay, a tenu à exprimer son point de vue. Cet auditeur brestois dresse alors son analyse. "Je sépare deux choses assez claires: le vocabulaire n'est pas choquant. Les homosexuels ont des pratiques identiques aux hétéros, chacun fait ce qu'il veut dans sa chambre. Mais c'est la partie pénalisable par la loi. Quand je vois le mot 'gay' aux couleurs arc-en-ciel sur une banderole, ça, ça me choque. Mais non, les supporters ne sont pas tous cons. Mais maintenant, il faut arrêter carrément le match s'il y a une banderole ou des chants. Au bout d'une ou deux fois, ça va s'arrêter" propose-t-il.

"Si on aime le foot, on ne l'abîme pas" souffle alors Jean-Jacques Bourdin, visiblement convaincu.

Lors de l'annonce de la liste des joueurs sélectionnés pour les prochains matches des éliminatoires de l'Euro-2020, le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps a indiqué que le football français doit se montrer "intransigeant" par rapport aux chants et banderoles homophobes, sans toutefois se prononcer sur la nécessité d'interrompre ou non les rencontres: 

"C'est très clair que quelle que soit la forme de contestation qu'il peut y avoir et de discrimination dans un stade, il n'y a pas de place pour ça, (...) il faut être intransigeant par rapport à ce type d'événement mais (...) c'est un problème difficile à régler, ça demande une réflexion très approfondie". 
La rédaction de RMC