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Immersion dans le plus grand centre d'accueil pour migrants d'Europe

REPORTAGE - Sur les 27 survivants du naufrage d'un chalutier dimanche au large de la Libye, 16 sont arrivés ce mardi au centre d'accueil de Mineo, situé à 60 kilomètres de Catane. Un centre où s'entassent déjà près de 4.000 réfugiés en quête de papiers, qu'ils n'obtiendront peut-être jamais.

Le centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Mineo est considéré comme le plus important d'Europe. Situé à 60 kilomètres de Catane, à l'est de la Sicile, il accueille près de 4.000 réfugiés, soit plus de 15% de toute la population actuellement hébergée à travers l’Italie. Dans la nuit de lundi à mardi, il a vu débarqué 16 des 27 rescapés du naufrage d'un chalutier qui a fait 800 morts au large de la Libye ce week-end.

Barbelés, militaires et contrôles des allées et venues

Le site ressemble à un quartier résidentiel suburbain, avec ses maisons presque proprettes alignées le long de rues toutes identiques. Mais l’ensemble est situé au milieu de nulle part, entre prés et champs d’orangers, et entouré de grillages et de soldats. Et, comme a pu le constater sur place, dans ces 370 pavillons rose et jaune, s'entassent des demandeurs d'asile de 50 nationalités différentes, essentiellement d'Afrique mais aussi du Bangladesh ou d'Afghanistan. Tous sont en quête d'un visa pour une nouvelle vie. C'est le cas d'Ibrahim, un jeune Gambien de 23 ans, arrivé sur place il y a deux semaines.

"On est partis de Libye pour 600 euros… On était 125 dans le bateau… On est restés quatre jours en mer sans eau, sans nourriture, sans rien… Certains de mes amis sont morts, d'autres sont tombés malades", raconte-t-il. Depuis, après avoir recueilli par les gardes-côtes italiens, Ibrahim vit dans ce centre, entouré de barbelés et de miliaires. Ici, les réfugiés portent tous un badge magnétique qui contrôle leur allées et venues. Ils sont nourris et logés, en attendant la réponse à leur demande d’asile.

"Cela rend fou"

"Cela fait un an et demi que je vis ici. Je n'ai pas encore eu ma réponse mais j'ai vu tellement de gens qui ont été refusés… Cela rend fou, tout le monde devient à moitié fou", assure Ali, pakistanais. Comme lui, la plupart des réfugiés passe en moyenne un an et demi à attendre que leur demande aboutisse.

"Vu le nombre toujours plus important de personnes qui arrivent en Italie, les procédures de demandes d'asile prennent de plus en plus de temps. Mais si les réfugiés pouvaient faire leur demande d'asile dans tous les pays d'Europe, cela prendrait beaucoup moins de temps", explique à RMC Sebastiano Maccarrone, le directeur du centre d’accueil de Mineo. En attendant, celui-ci continue de se remplir. Prévu pour 2.000 personnes en 2011, il en accueille aujourd’hui plus de 4.000.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique