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Implant Essure: "J’étais pliée en deux, je ne pouvais plus m’habiller toute seule"

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400 femmes vont mener une action de groupe contre le laboratoire Bayer, qui produit l’implant de stérilisation Essure. Parmi elle, Sabine, qui raconte son calvaire à RMC.

Va-t-on vers un nouveau scandale sanitaire? 400 femmes entament une action de groupe contre le laboratoire Bayer. Celui-ci produit les implants de stérilisation Essure, qui consistent à insérer un petit ressort dans les trompes, ce qui provoque leur cicatrisation et donc la stérilité de ces femmes.

Ce type de contraception définitive est préconisé par les gynécologues mais dans le cas d'Essure, les patientes dénoncent un manque d'information, notamment sur la composition des implants et leurs risques d'effets secondaires. Saignements, douleurs abdominales, fatigue, dépression survenus peu de temps après la pose: voilà ce que décrivent de nombreuses femmes. Des témoignages recueillis par le Réseau d'entraide, soutien et information sur la stérilisation tubaire (RESIST) qui compte 1200 adhérentes.

Le décès récent d'une femme pourrait même être lié à ces implants. "Nous suivons avec la plus grande attention le sujet Essure et la sécurité des patientes est notre priorité" réagit Bayer, ajoutant continuer "pleinement à collaborer avec les autorités compétentes".

"La notice n’était pas suffisamment précise"

Depuis deux ans, l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et des produits de santé surveille de façon renforcée ces implants, en vente depuis 2002 (240 000 écoulés sur notre sol, mais les ventes sont en chute ces dernières années). Fin avril, un comité d'experts indépendants nommé par l'ANSM a jugé qu'il fallait améliorer l'information des patientes mais qu'il n'était pas nécessaire de restreindre l'utilisation d'Essure.

Celan n’empêche pas cette action de groupe, menée en septembre par Maître Charles Joseph-Oudin, à la tête d'actions similaires dans les dossiers Médiator et Dépakine. Dans l'affaire Essure, le problème c'est le manque d'informations du fabricant. "La notice n’était pas suffisamment précise, notamment sur les risques d’allergie liés à la composition du produit. Bien évidemment le laboratoire était au courant des métaux qui composent son dispositif - c’est lui qui le fabrique – et des risques d’allergie. On le voit notamment dans les différents qu’on a pu récupérer dans des procédures à l’étranger. Et notamment aux Etats-Unis, où de très nombreuses procédures sont en cours contre le laboratoire sur le même fondement".

"J’avais des douleurs au niveau du ventre et de l’abdomen"

Sabine fait partie de ces femmes qui se fait poser l’implant de stérilisation Essure. C’était en 2008, et quelques jours après sa santé se dégrade. "J’avais des douleurs au niveau du ventre et de l’abdomen. J’étais pliée en deux, je ne pouvais plus m’habiller toute seule. J’avais une fatigue harassante, j’ai dû arrêter mon activité professionnelle".

Des années de douleurs, sans comprendre pourquoi. Elle somatise selon les médecins! En décembre 2016, plusieurs femmes accusent le fabricant, d'être responsable de troubles similaires aux siens. Et certaines révélations la scandalisent. "Là je me suis aperçue qu’il y avait 54% de nickel. J’ai une allergie avérée au nickel depuis de nombreuses années. Il y a une faute d’information parce qu’on ne vous dit pas de quoi sont composés les implants. Je n’ai pas eu de notice d’information. Je n’ai absolument rien".

Alors elle se fait enlever les implants et une partie de ses organes génitaux, conséquence du retrait. "On est obligé d’enlever quelque chose qui a donné la vie. Psychologiquement pour une femme c’est extrêmement difficile". Néanmoins son état s'améliore depuis l’opération. Elle espère que la procédure collective rendra Bayer responsable de son calvaire.

Pierre Pillet (avecA.M.)