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Ambassade française attaquée, drapeau russe... Ce que l'on sait sur la situation au Burkina Faso

L'ambassade française au Burkina Faso a été la cible de manifestants ce week-end. Une attaque en marge d'un coup d'Etat dans le pays qui a mis au pouvoir un jeune capitaine, Ibrahim Traoré. Pour les Français vivant sur place, la situation est très tendue. Ils ont reçu pour consigne de ne pas sortir de chez eux.

Sur fond de coup d'État militaire au Burkina Faso, l’ambassade de France dans la capitale a été attaquée ce week-end par des manifestants. Les images sont frappantes, des manifestants qui allument un incendie devant la porte de l'ambassade française à Ouagadougou, d’autres qui tentent de défoncer la porte, d’autres encore qui lancent des pierres à l’intérieur, pendant qu’un homme debout sur un blindé agite un drapeau russe.

Des scènes inimaginables il y a quelques années encore dans ce pays qui était francophone et francophile. Et une attaque qui se passe dans un contexte de putsch militaire. Une partie de l'armée, avec à sa tête un jeune capitaine, Ibrahim Traoré, a en effet renversé le lieutenant-colonel qui était au pouvoir depuis le début de cette année, après avoir lui-même renversé par un putsch le président précédent.

Après quelques heures d’incertitude et de confusion, ce lieutenant-colonel-président, Paul Henri Damida, a finalement accepté de démissionner dimanche soir. Les putschistes affirment qu’il se trouvait physiquement dans un camp militaire français à côté de l'aéroport, ce que les Français ont formellement démenti. Mais ce qui est une des explications de la colère anti-française.

Des évacuations à prévoir?

Mais la raison réelle de cette colère, c’est le terrorisme islamiste qui ravage le pays. Il se passe des choses épouvantables au Burkina depuis six ou sept ans. Des bandes armées, liées à Daesh et à Al Qaïda, commettent des massacres de grandes ampleurs. Des villages et des casernes de l'armée sont régulièrement attaqués par ces terroristes qui se déplacent en horde, à moto, et qui ne laissent derrière eux quasiment aucun survivant.

La semaine dernière encore, un massacre a eu lieu près de la ville de Djibo. C’est une ville encerclée depuis février dernier par des djihadistes. Les 350.000 habitants sont en train d’y mourir de faim au sens propre.

Lundi dernier, un convoi de nourriture, escorté par l'armée, a tenté de rejoindre la ville. Les djihadistes ont attaqué, détruit 90 camions et tué 13 militaires. 50 civils sont portés disparus. C’est cet énième massacre qui a provoqué la colère des militaires à l'origine du putsch.

Et si la France est concernée, c’est parce qu'elle a positionné à Ouagadougou un détachement de force spéciale. Quelques centaines de soldats d’élite très efficaces pour appuyer ce qui était l’opération Barkhane au Mali. Cependant, ils ne sont pas du tout en nombre suffisant pour faire la guerre aux terroristes au Burkina. D'où le malentendu: les populations reprochent à la France de ne pas les protéger et se tournent vers la Russie.

À Ouagadougou, Vladimir Poutine est considéré comme un possible sauveur. Non pas à cause de ce qu’il fait en ce moment en Ukraine, mais à cause de ce qu'il a fait il y a 20 ans en Tchétchénie. Les Burkinabés citent souvent cette phrase célèbre de Poutine: “Les terroristes, j'irai les buter jusque dans les chiottes”. Et c’est tout simplement ce qu’ils souhaitent. Qu’on vienne chercher et "buter" les terroristes où qu'ils se trouvent.

C’est le même raisonnement qui avait poussé le gouvernement malien à chasser les Français et à les remplacer par les Russes. Le gouvernement malien qui est une junte de militaires putschistes, comme au Burkina Faso. Les Français viennent de quitter définitivement le pays et depuis, ce sont les miliciens russes de Wagner qui sont censés assurer la sécurité aux côtés de l'armée malienne. Sauf que les mercenaires russes ne sont qu’un millier, incapables de faire mieux que ce que faisaient les Français lorsqu’ils étaient 5.000.

La situation ne cesse de dégénérer. Les terroristes regagnent du terrain et sèment la mort. Et la Russie parvient à faire croire que tout cela est de la faute des Français. Les chaînes RT et Sputnik sont très suivies, des influenceurs africains payés par les Russes accusent la France d’armer les djihadistes, ce qui évidemment est faux. Et voilà comment on en arrive à ces images de l’ambassade de France attaquée par des manifestants qui brandissent le drapeau russe.

4.000 Français vivent au Burkina Faso. Ils sont aujourd’hui en danger, avec la consigne de ne pas sortir de chez eux. Il ne serait pas étonnant que dans les heures qui viennent, on commence à les rassembler sur la base militaire des forces spéciales françaises pour les protéger ou les évacuer.

Nicolas Poincaré