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Assassinats ciblés autorisés par Hollande? "En démocratie, ça pose question", estiment les magistrats

Selon le livre Erreurs fatales de Vincent Nouzille, paru ce mercredi, le chef de l'État aurait donné son feu vert à une quarantaine d'assassinats ciblés pendant son quinquennat contre des cibles terroristes au Sahel ou en Syrie. Des opérations légitimes pour l'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, mais qui irritent le Syndicat de la magistrature.

François Hollande a autorisé une quarantaine d'assassinats ciblés pendant son quinquennat. Selon le livre de Vincent Nouzille, Erreurs fatales paru mercredi, le Président de la République aurait donné son feu vert à une quarantaine de "frappes ciblées" depuis 2013. Un livre dont des extraits sont publiés dans le journal Le Monde daté de ce jeudi. L'été dernier, Gérard Davet et Fabrice Lhomme avaient déjà pointé dans leur livre Un président ne devrait pas dire ça... une vingtaine d'assassinats ciblés, contre des cibles terroristes et notamment de l'organisation État Islamique. Des personnes jugées particulièrement dangereuses, auteurs de prises d'otage ou d'attentats.

Impossible à confirmer, cette information n'a pas été démentie pour autant. Jamais la France ne s'était octroyé un tel permis de tuer estime le journal Le Monde, sauf peut-être lors de la guerre d'Algérie.

L'action militaire, plus immédiate que la diplomatie

Mais dans l'esprit de François Hollande, il n'y aurait pas de place pour les états d'âme: toute personne, qu'elle soit française ou pas, suspectée d'avoir participé à des attentats contre la France ou susceptible d'en préparer doit être éliminée. Quitte à prendre quelques libertés avec le droit international. Le président estime qu'il s'agit là de légitime défense, résume Erreurs fatales. C'est ainsi que des frappes contre des djihadistes au Sahel ou en Syrie ont été validées par le chef de l'État. Les terroristes en question ont été neutralisés, comme on dit dans le jargon militaire, soit par des forces françaises soit par des américains. Parfois lors d'opération d'assassinats ciblés dans un pays étranger.

Un expert militaire qui connait bien François Hollande et joint par RMC résume: François Hollande est très vite devenu un chef de guerre. Il a acquis la conviction, explique cet expert, que la diplomatie ne marche pas vraiment alors que l'action militaire elle, est plus visible et plus immédiate.

"Ce ne sont plus des mis en examen, mais des guerriers"

Pour l'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière les opérations de la France sont légitimes et ces assassinats ciblés ne doivent pas choquer.

"Soyons sérieux, vous n'alliez pas aller à Raqqa délivrer un mandat d'arrêt international et arrêter un individu armé qui va utiliser ses kalachnikovs ou des couteaux pour tuer, couper des têtes et scénariser ces actes".

"Ils sont effectivement recherchés, mais quand ils sont là-bas, ce ne sont plus des mis en examen, ils font d'abord la guerre. Ce sont des individus qui sont impliqués directement dans des opérations militaires".

"Là, on ne connaît pas les éléments en possession de l'exécutif"

Une vision que ne partage pas du tout Clarisse Taron, la présidente du Syndicat de la magistrature, qui s'offusque sur RMC que l'État prenne autant de libertés, sans penser aux familles de victimes des personnes exécutées. "Ce sont des gens qui vont faire l'objet d'exécutions ciblés sans que la justice passe, et sans qu'on puisse non plus expliquer à des victimes sur le sol français quel était le rôle des personnes qui ont désormais disparues. Dans un procès et dans une enquête il y a des garde fous et on peut essayer d'approcher de la vérité. Là, on ne connaît pas les éléments en possession du pouvoir exécutif qui ordonne ces exécutions. En démocratie, ça pose question".

P. Gril avec S. Collié et C. Andrieux