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Biden/Poutine: pourquoi ce tête-à-tête s'annonce si tendu?

EXPLIQUEZ-NOUS - Joe Biden et Vladimir Poutine se rencontrent ce mercredi à Genève. Un sommet qui se tient alors que les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont extrêmement tendues.

Depuis la fin de la guerre froide, il y a plus de trente ans, on n'avait pas connu une telle crispation entre la Russie et les Etats-Unis. Ni une telle défiance personnelle entre les deux présidents.

En mars dernier, sur une télévision américaine, Joe Biden avait déclaré à propos de Poutine: “C’est un tueur. Et vous verrez bientôt le prix qu’il va payer”. Difficile d'être plus agressif et plus menaçant.

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Joe Biden connaît Vladimir Poutine depuis longtemps. Ils se sont rencontrés une première fois il y a exactement 20 ans, lors d’un sommet en Slovénie. Poutine était déjà président, Biden n'était que parlementaire, membre de la délégation américaine. Mais Joe Biden avait raconté ensuite qu’il avait regardé Poutine droit dans les yeux, qu’il avait compris qu’il ne fallait pas lui faire confiance. 10 ans plus tard, les deux hommes se sont revus à Moscou. Biden était alors vice-président d’Obama, et il affirme qu’il lui a dit: “Monsieur Poutine, je vous regarde au fond des yeux et je vois que vous n’avez pas d'âme”. Poutine aurait répondu: “Nous nous comprenons l’un l’autre”.

Il risque donc d’y avoir de l'électricité dans l’air aujourd’hui à Genève. D’autant, les deux présidents vont aborder tous les sujets qui fâchent. Et il y en a beaucoup. Joe Biden a fait savoir qu’il allait dresser des lignes rouges. Indiquer à Vladimir Poutine ce que l'Amérique ne peut pas accepter.

Première ligne rouge, le sort de l’opposant russe Alexeï Navalny, actuellement en prison. “S’il devait mourir” a dit Joe Biden, “ce serait une tragédie”. Deuxième ligne rouge, l’Ukraine. Joe Biden va faire savoir qu’il ne valide pas le rattachement de la Crimée, ni l’annexion de fait de l’est de l'Ukraine.

La question des cyberattaques

Mais c’est surtout sur la question des ingérences russes que Joe Biden va se montrer le plus ferme.

Lorsque Biden a traité Poutine de “tueur”et a promis qu’il allait payer le prix, il faisait référence à des faits précis: il venait de recevoir un rapport de 15 pages de ses services de renseignement. Rapport selon lequel Vladimir Poutine a personnellement dirigé et supervisé une opération de dénigrement contre Joe Biden pendant la campagne électorale américaine. En vue de faire gagner Donald Trump.

Une ingérence qui n’était pas une première. En 2016, déjà, on sait que les Russes ont joué un rôle important pour disqualifier Hillary Clinton. Des hackers russes s'étaient notamment infiltrés dans le serveur du comité Démocrates et avaient fait fuiter un certain nombre d'informations gênantes pour la candidate… Joe Biden compte reprocher à Vladimir Poutine d'avoir par deux fois essayées de peser sur les élections américaines et que ce n’est pas acceptable.

Enfin, Joe Biden va aborder la question des cyberattaques. En particulier l’affaire Solarswinds. Cette grande entreprise américaine, qui fabrique des logiciels a été victime d’un piratage qui a duré plusieurs mois l’année dernière. Des hackers ont réussi à pénétrer les systèmes informatiques de milliers de clients de Solarwinds, dont des administrations américaines sensibles. Et cela jusqu’en décembre dernier.

Depuis la maison blanche a accusé le service de renseignement extérieur de la Russie, le SVR d'être à l’origine de l'opération. Le président de Microsoft estime qu’au moins mille ingénieurs russes ont participé à cette attaque qui était la plus sophistiquée jamais vue. Inacceptable, va encore dire ce mercredi Joe Biden. Alors que Vladimir Poutine répondra que ces accusations sont ridicules.

Mais en tout cas, c'est bien l’enjeu du sommet. Joe Biden a bien l’intention d’engueuler Poutine, les yeux dans les yeux. À l’issue de la rencontre, il n’y aura pas de conférence de presse commune. Les deux présidents donneront chacun leur version.

Nicolas Poincaré