RMC
Interview

"C'est l'esprit de résistance": Florent Coury, premier Français parti combattre en Ukraine

Dans la Matinale week-end de RMC, Florent Coury, Français qui s'est engagé volontairement dans une légion ukrainienne a expliqué les raisons de son départ et ce qu'il a vécu sur place.

C'est un témoignage rare entendu ce matin dans la Matinale week-end de RMC. Florent Coury est un Français qui habite Bruxelles. Le 24 février au matin, il allume sa télévision et découvre l'invasion russe en Ukraine. Rapidement, il décide de partir là-bas pour aider l'armée ukrainienne comme "engagé volontaire":

"Ma décision de contribuer était prise et je tombe sur le communiqué qui dit de se présenter au consulat du pays de résidence pour rejoindre une sorte de force de volontaires étrangers. On est partis dans le semaine qui a suivi le début de la guerre."

Chronologiquement, la guerre a débuté le jeudi matin. En quelques jours, Florent Coury est en Ukraine: "le dimanche, il y a eu l'appel aux volontaires étrangers, le lendemain matin on a été au consulat, et le mardi (1er mars) on prend l'avion pour Cracovie et le bus pour la frontière."

"Empêcher la capitale de tomber"

Au consulat d'Ukraine en Belgique, il rencontre un Lituanien, Tom, qui le convainc de partir tout de suite : "s'il ne m'avait pas convaincu peut-être que je ne serai pas partie car ma famille m'aurait rattrapé", explique celui qui a une femme et trois enfants.

"Je le fais parce que s'il le faut, on ira à Kiev pour empêcher la capitale de tomber. A l'époque on pense que la guerre va être courte. Je me dis s'il faut porter des sacs de sables ou faire la tambouille pour ceux qui savent se battre je le ferai. Je pars dans une optique où je sais que je ne suis pas Rambo mais je ne supporte pas de rester chez moi à rien faire."

Florent Coury, n'a "aucune expérience militaire" et n'a pas fait son service militaire. Issu d'un milieu bourgeois, élevé dans le culte du Général de Gaulle, dont son grand-père était membre du cabinet, il fait un choix engagé en partant en Ukraine:

"C'est l'esprit de résistance. L'esprit de faire des choses qui aux yeux de certains peuvent paraître folles mais correspondent à des choix mûris et réfléchis, car c'est le retour de la guerre en Europe."

"On n'arrête pas les chars avec des ONG"

Cet ancien DRH de l'usine Renault de Flins a fait le choix des armes plutôt que de l'humanitaire car "on n'arrête pas les chars avec des ONG":

"Dans nos sociétés pacifiées, c'est mal vu d'aller se battre, c'est mal vu la violence. Mais quand une dictature envoie ses chars sur Kiev, si vous n'êtes pas prêts à prendre les armes, ce n'est pas une ONG qui va permettre à ce que la dictature ne gagne pas."

Ce choix ne s'est pas fait sans problème avec sa famille qui n'a pas compris ce qu'il qualifie lui-même d'"acte égoïste", "d'arrachement", "d'acte violent": "Je me suis senti bien en Ukraine. Sur place, j'ai eu l'impression de contribuer à ma manière et j'ai trouvé ma place", explique-t-il.

"La consigne était d'écarter tous les militants d'extrême-droite"

Au bout d'une semaine en Ukraine, Florent Coury, polyglotte, est placé par les officiers ukrainiens dans la cellule communication de sa légion. "Ça m'a déchiré le cœur car je ne vais plus avec les copains à Kiev." Son rôle ensuite a été de recruter les volontaires avec les renseignements ukrainiens, pendant les deux mois où il a été en Ukraine: "La consigne était d'écarter tous les militants d'extrême-droite pour éviter de répondre à la propagande russe et surtout utiliser les volontaires pour faire de l'instruction militaire aux Ukrainiens."

La peur a aussi été beaucoup présente, explique celui qui avait reçu des consignes de sécurité très précises pour ne pas être pris pour cible par des snipers. Une peur présente mais pas une peur de la mort: "On a plus peur d'être gravement blessé que d'être tué: j'ai donné l'instruction que je ne voulais pas revenir gravement blessé et qu'on insiste pas si c'était le cas."

MM