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Ce que révèlent les "Facebook Papers"

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour.

Facebook est de plus en plus dans la tourmente. Des documents internes indiquent que le réseau social ne contrôle pas ses algorithmes. Alors dans l’ordre, il faut d’abord expliquer ce qu’est un algorithme. C’est une suite d'instructions qui sont données à un programme informatique pour résoudre un problème.

En l'occurrence sur Facebook, face à un océan de messages et d'informations, ce sont des algorithmes qui décident qui va lire quoi. Quel contenu va apparaître en priorité sur votre fil d'actualité ? Et ce que ces documents internes viennent de révéler est assez stupéfiant. Les ingénieurs avouent ne pas comprendre les effets imprévus de leurs propres codes. Un peu comme dans un film de science-fiction, les algorithmes échappent aux contrôles de leur créateur et la machine s’emballe.

Et quelles en sont les conséquences ?

Il y a des messages, des publications, des contenus, qui sont beaucoup trop diffusés alors que ce n’est pas souhaité. Exemple très concret, en Inde des images pornos sont mises en avant par l’onglet watch. Et on imagine que cela peut créer des drames dans les familles. Aux Etats-Unis, ce sont plutôt les contenus politiques qui sont trop partagés.

Depuis 2018, Facebook a une volonté et un plan. Donner la priorité aux contenus qui viennent d'amis proches ou de la famille. Un programme a été développé dans ce sens pour mettre en avant ce qu’ils appellent les “interactions sociales significatives”. Autrement dit les photos de vacances de votre petite sœur plutôt que le dernier papier sur Donald Trump.

Mais raté. C’est cela que les algorithmes n’ont pas réussi à faire. Au contraire, le programme a favorisé les contenus clivants, par exemple les pages d'extrême droite et les pages complotistes.

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Et d'où viennent les documents qui révèlent tous ces problèmes? Ce sont des milliers et des milliers de pages qui ont été communiquées au congrès américain et à la SEC le gendarme de la bourse de New-York par une ancienne employée, France Haugen.

Puis ces documents sont parvenus à un certain nombre de journaux, dont Le Monde en France qui est à l’origine des dernières informations sur les algorithmes incontrôlées.

À 37 ans, France Haugen, cette ingénieure informatique est désormais en guerre contre Facebook qu’elle accuse d’avoir trahi la démocratie. Elle est sortie de l’anonymat en témoignant à la télé américaine au début de ce mois. Mardi, elle était devant le Parlement britannique. Le 10 novembre prochain, elle sera entendue par les députés français à l'Assemblée nationale. Elle accuse Facebook d’avoir choisi le profit plutôt que la sécurité, de donner la priorité aux contenus qui font le plus de clics et qui sont invariablement les plus clivants, ceux qui provoquent le plus d’opposition.

Les documents montrent aussi que Facebook a conscience des aspects négatifs de son application instagram sur la santé mentale des adolescents…

Et comment Facebook se défend face à ces accusations?

Avec la plus grande énergie en contestant fermement les intentions qui lui sont prêtées par France Haugen. En donnant aussi ces deux chiffres : l’entreprise a investi 13 milliards de dollars et embauché 40.000 personnes pour travailler sur la modération des contenus.

La lanceuse d’alerte répond, que Facebook en réalité ne se soucie que de ce qui est écrit en anglais. Que dans les autres langues, des contenus dangereux passent entre les mailles du filet. Elle évoque des pays déjà divisés sur les questions ethniques et religieuses et qui sont mis en danger par ce qui circulent sur Facebook. Elle cite l’exemple de l’Ethiopie. Le Monde cite aussi le problème des contenus en langue arabe que Facebook n’a pas les moyens de modérer.

En tout cas, la polémique fait rage depuis maintenant un mois dans le monde entier. Parce que Facebook est présent dans le monde entier. On compte presque 3 milliards d’utilisateurs actifs mensuels. Qui viennent d’apprendre donc, que la machine n’est plus vraiment contrôlée par ses créateurs.

Nicolas Poincaré