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"Double ration de frites à la cantine": Nicolas Sarkozy serait-il en train de se "Trumpiser"?

Nicolas Sarkozy, en meeting à Neuilly-sur-Seine, le 7 novembre 2016.

Nicolas Sarkozy, en meeting à Neuilly-sur-Seine, le 7 novembre 2016. - Eric Feferberg - AFP

"Double ration de frites à la cantine" pour éviter plusieurs menus, la Jungle de Calais conséquence du réchauffement climatique... En pleine campagne, Nicolas Sarkozy accumule les sorties remarquées. Le candidat à la primaire de la droite et du centre serait-il en train de se rapprocher de Donald Trump? Pour le politologue Yves-Marie Cann, contacté par RMC.fr, "le parallèle est assez pertinent".

Yves-Marie Cann, directeur des Etudes politiques d'Elabe:

"Le parallèle est assez pertinent, non seulement en terme de personnage, mais aussi en terme de stratégie de campagne. Les deux jouent sur la critique des élites. Ce n’est pas nouveau chez Nicolas Sarkozy, puisqu’il tenait déjà le même discours en 2012, avec un appel à la majorité silencieuse.

Dans leurs programmes, il y a le point commun de la posture anti-immigrés et le débat autour de l’islam. Après, les deux débats sont différents. En France, on est plus sur un débat autour des valeurs, aux Etats-Unis il est plus question de terrorisme. Ils partagent des thématiques communes et ont la même manière de jouer sur les peurs de ces thématiques pour toucher les électeurs.

Donald Trump et Nicolas Sarkozy sont beaucoup dans l’invective, dans l’attaque directe, ce qui a pour effet de cliver l’électorat, qui y voit soit noir soit blanc. Ils utilisent un registre de provocation qui va plaire à une partie de l’électorat. Cela pose un problème tactique dans la constitution d’une majorité: Nicolas Sarkozy n’arrive pas à élargir son cercle de soutien, Donald Trump est esseulé.

"Pour faire comme Trump, il aurait dû aller plus loin"

Mais ce qui est une similitude est également une vraie différence. Donald Trump n’a eu aucune hésitation à attaquer Hillary Clinton. C’est aussi parce que l’élection présidentielle américaine a le cadre d’un duel, favorable à ce type d’attaques. C’est un cran en-dessous pour Nicolas Sarkozy. Pour faire comme Trump, il aurait dû aller plus loin. Donald Trump n’a pas hésité là où Nicolas Sarkozy n’a pas cherché

A aucun moment il n’attaque de manière frontale, il préfère la triangulation. Son objectif est de semer le doute, en attaquant la relation entre Alain Juppé et François Bayrou, pointant du doigt le spectre de la France molle dont ne veulent plus les Français.

"Pour l'instant, Sarkozy n'est pas le Trump français"

Si Nicolas Sarkozy peut gagner avec une stratégie à la Trump? On a eu l’exemple de la campagne de 2012, avec un registre assez proche. Le fait est que ça n’a pas marché, et ça ne marche pas pour l’instant. Il a tendance à bloquer l’électorat modéré, effrayé par des idées trop radicales. Cela me paraît difficile d’avoir une telle stratégie et de viser la victoire en 2017. Les Français attendent que le futur président, certes, défende des idées mais aussi qu’il se démarque des autres. Il faut qu’il ait une capacité à rassembler.

Pour l’instant, Nicolas Sarkozy n’est pas le Donald Trump français. Il sera par contre intéressant de voir sa position dans l’entre-deux tours, où il se retrouvera sur un terrain plus propice au duel et à l’attaque. Cela fait que le combat d’égo est favorisé, surtout que ce sera une campagne très courte (il n’y a qu’une semaine entre le premier et le second tour de la primaire).

Il jouera en plus son honneur, ce serait la première fois qu’un président est éliminé avant la fin de l’élection présidentielle. Il pourrait utiliser des arguments plus virulents pour attaquer Alain Juppé.

Et en cas de présidentielle, c’est de la pure hypothèse, Nicolas Sarkozy aura comme enjeu de se centraliser, de mettre de l’eau dans son vin. La meilleure stratégie ne sera pas d’adopter celle de Donald Trump."

Propos recueillis par Florian Huvier