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"Expliquez-nous": les Anglais sous le choc de l'annonce de Harry et Meghan

La Reine d'Angleterre demande une clarification rapide  après la décision de Harry et Meghan de se retirer de la famille royale. Le couple a annoncé vouloir vivre la moitié de l’année en Amérique du nord et devenir “financièrement indépendant”.

Le duc et la duchesse de Cambridge, Harry le petit fils de la reine, et Meghan Markel, sa femme, actrice américaine, ont donc surpris tout le monde, et d’abord la reine en annonçant vouloir renoncer à leurs rôles au sein de la famille royale, vouloir quitter l’Angleterre six mois par an et vouloir travailler pour acquérir une indépendance financière.

Ce qui veut dire qu’ils renoncent à un million 400.000 euros qui leur étaient versés par la dotation souveraine, c’est-à-dire par les contribuables britanniques pour couvrir les frais dus à leurs obligations de représentation. Ce qui est logique puisque désormais, ils ne veulent plus remplir ces obligations. Mais ils ont de quoi se retourner. D’abord, le père d’Harry, le Prince Charles, lui verse tous les ans la moitié des revenus du duché de Cornouaille. Ce duché, c’est un titre qui revient automatiquement au fils aîné du roi ou de la reine, autrement dit au futur roi. Il touche les revenus des fermes des 570 kilomètres carrés de Cornouaille, plus tous les biens de ceux qui meurt sur ses terres sans héritier. L’an dernier le prince Charles a versé à son fils Harry près de 3 million d’euros, et Harry n’a pas indiqué qu’il renonçait à ce cadeau paternel. 

Mais quand bien même son père lui couperait les vivres, le couple a de quoi voir venir. La fortune de Harry est estimée à 36 millions d’euros. Essentiellement l'héritage de sa mère Lady Di, qui lui avait donné plus qu’à son frère William, sachant que l’ainé deviendrait roi. Et de l'héritage son arrière-grand-mère, la reine-mère, qui lui avait aussi réservé une grosse part de sa fortune.

Quant à Meghan Markel, elle dispose de 4 millions de dollars, des fruits de sa carrière d’actrice et des sept saisons dans la série “Suits” à 40.000 euros l’épisode. À ce niveau de fortune, écrire que l’on souhaite travailler pour devenir financièrement indépendant, apparaît pour le moins maladroit.

La reine est donc furieuse d’abord parce qu’elle n’a pas été prévenue. Elle a appris la décision de son petit-fils par son communiqué comme tout le monde. Jeudi soir, elle a donc publié à son tour un communiqué. Elle demande à ses équipes de Buckingham, à celle de son fils le prince Charles, et celles de ses deux petits-fils, William et Harry de se mettre au travail “ à un rythme soutenu” pour trouver une solution. Et la Reine à 93 ans, fait preuve d’autorité puisqu’elle précise qu’elle veut une solution dans les jours qui viennent, pas dans les semaines qui viennent

Qu’est-ce que ça veut dire une solution ? 

Ça veut dire une clarification. Harry avait annoncé qu’il renonçait à son rôle. Et à une partie de sa dotation publique. Mais il n'était pas question de renoncer à son titre, ni à sa position de numéro six dans l’ordre de succession. Il voulait aussi que l’État continue à assurer sa sécurité. Et il comptait continuer à vivre dans le charmant manoir au fond du parc du château de Windsor, tout près de Londres. Manoir qu’il vient de faire entièrement rénover aux frais du contribuable britannique pour presque trois millions d’euros. 

Il est probable que la “solution” voulue par la Reine, ce soit de renoncer à tout cela. De quitter la famille ou d’y rester, mais pas de se situer entre les deux. Six mois à l'étranger, six mois dans les palais royaux… 

Et du coup, se profile la menace d’un bannissement. Un peu comme celui d’Edouard VIII, l’oncle de la reine qui avait dû abdiquer, fuir le royaume, renoncer à tout, pour pouvoir épouser une Américaine divorcée. C’était en 1936. Edouard VIII et Wallis Simpson avaient passé le reste de leur vie à Paris, très riches mais très malheureux.

Après le Brexit, Le Megxit

La différence, c’est que Meghan Markle contrairement à Wallis Simpson avait été acceptée par la Reine. En effet, elle trouvait qu’elle apportait de la fraîcheur. Une Américaine, actrice et métisse, permettait à la famille de se rapprocher de la jeunesse britannique et d’une société elle-même de plus en plus métissée.

Mais le conte de fées n’a pas duré. La presse Tabloïd anglaise a très vite fait de Meghan une tête de Turc. Parce qu’elle ne jouait pas le jeu. Parce qu’elle ne donnait pas assez de photo de sa grossesse puis de son bébé. Elle était tous les jours critiquée ou insultée par ces journaux. Et c’est certainement la vraie raison de la rupture. Harry en octobre a porté plainte contre le “Mail on Sunday”, un journal qui avait publié une lettre de Meghan à son père, avec qui elle est fâchée. La guerre était déclarée entre le couple et les journaux de caniveaux. Et dans ce genre de guerre, ce sont toujours les journaux qui gagnent.

Le prince avait expliqué qu’il ne voulait pas que sa femme finisse comme sa mère. Lady Di était morte à Paris poursuivi par des paparazzis. Harry a donc voulu protéger sa femme, et fuir ce climat de plus en plus détestable. Mais il s’y est très mal pris. La presse sérieuse est très sévère, la reine est furieuse, et il va falloir clarifier tout cela dans les jours qui viennent. Le feuilleton passionne les Anglais qui appellent l’affaire le Megxit, “La sortie de Meghan”. Et le Megxit fait oublier le Brexit.

Nicolas Poincaré