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"Expliquez-nous": pourquoi Emmanuel Macron est en colère contre le New York Times

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour. Aujourd'hui: Emmanuel Macron s'est plaint auprès du New York Times au sujet de la couverture des attentats en France. Pourquoi est-il en colère?

Emmanuel Macron s’est plaint auprès du New York Times de sa couverture des attentats en France. Les raisons de sa colère, le président français les a expliquées directement à Ben Smith, le responsable de la page Média du New York Times. Le journaliste raconte ce coup de fil, comme si le président Français l’avait appelé directement pour l’engueuler. 

Mais la version de l’Elysée est un peu différente. Le New York Times a demandé un entretien. Il a été convenu d’un appel jeudi à 20 heures. A l’heure dite, l'Elysée a effectivement appelé et la conversation a été courtoise, même si effectivement Emmanuel Macron a fait part de ses désaccords avec le journal. 

Emmanuel Macron reproche au New York Times son manque de solidarité avec la France à cause notamment d’un premier titre après l’assassinat du professeur Samuel Paty. Le journal avait titré: “La police française tire sur un homme après une attaque meurtrière au couteau”. Comme si l’information principale était la mort du terroriste et pas le professeur décapité. Le titre avait assez vite été changé, mais il n'empêche, il a laissé des traces. 

Jeudi, le président français a expliqué au journaliste américain que son journal, dans plusieurs articles, a laissé entendre que la France était un pays islamophobe et raciste et que ces articles ont ainsi “légitimé la violence dont la France est victime”. 

"Légitimer la violence” s’exclame le journaliste, c’est l’accusation la plus grave qu’on puisse nous faire. On est habitué aux reproches de Trump, pas à ceux de Macron. 

Une vision différente de la laïcité

Le New York Times n’est pas le seul média anglo-saxon qui provoque la colère du président français. Emmanuel Macron est également furieux contre le Financial Times qui avait titré un article: “La guerre de Macron contre le séparatisme islamique ne fait qu'accroître les divisions en France”. Emmanuel Macron avait protesté, parce qu’il ne parle pas de “séparatisme islamique” mais “islamiste”. Après un coup de fil de l’Elysée et des messages de ses lecteurs, le journal anglais a retiré l’article de son site. Ce qui était une première. D’autres articles ont fortement déplu. Une dépêche d’Associated Press, qui disait que la France “incite” la colère du monde musulman. 

Un article de Politico qui parle de la laïcité comme d’une “dangereuse religion française”. Ou encore, une tribune toujours du NYT, qui estime que la France “encourage le terrorisme en voulant l’éradiquer”. Plus toute une série d’articles sur l'échec de l'intégration en France, voir sur le racisme systémique qui règne dans notre pays. 

Tout cela montre une incompréhension entre Français et Américains sur la laïcité et la question de la religion. Les Français ne comprennent pas le christianisme “démonstratif” des Américains. Et les Américains ne comprennent pas la laïcité “active” des Français. 

Cette laïcité, explique le New York Times, “qui date d’un siècle, mais qui aboutit aujourd’hui aux débats français sur le voile, sur les menus des cantines scolaires, sur un président qui prétend réformer une religion, qui veut inventer l’Islam des lumières. Pendant que son ministre de l'Intérieur reprend le vocabulaire de l'extrême droite”.

Fin de citation de cet article qui est censé rendre compte du coup de fil d'Emmanuel Macron. Visiblement, il n’a pas convaincu son interlocuteur.

Nicolas Poincaré