RMC

"Expliquez-nous": pourquoi Harvey Weinstein n'est poursuivi que pour deux affaires?

C’est un procès historique qui commence ce lundi à New-York : celui du producteur de cinéma Harvey Weinstein à l’origine du mouvement mondial “MeToo”. Accusé de viol ou de harcèlement par plusieurs dizaines de femmes, il n’est poursuivi que pour deux affaires.

Le roi de Hollywood, le producteur le plus puissant du cinéma a été dénoncé par 93 femmes. Presque toutes des actrices, sauf quelques mannequins, présentatrices de télévision, assistantes ou employées de sa compagnie.

Certaines de ces femmes ont voulu le dénoncer médiatiquement en 2017, mais n’ont pas porté plainte. D’autres ont engagé des poursuites mais les faits étaient trop anciens et donc prescrits. D’autres encore n’ont pas été retenus par l’accusation parce que leurs témoignages n’étaient pas assez étayés.

Les compagnies d’assurance vont payer les dommages et intérêts attribués aux victimes du prédateur sexuel

Une trentaine d’autres enfin ont préféré signer un accord le mois dernier. Accord qui prévoit une indemnisation de 25 millions de dollars contre le retrait des plaintes civiles. L’ironie de l’affaire c’est que la compagnie des frères Weinstein était assurée contre toute poursuite. Ce sont donc les compagnies d’assurance qui vont payer les dommages et intérêts attribués à ces victimes du prédateur sexuel.

Il ne reste donc que deux plaignantes face à lui. L'une est une ancienne assistante, Mimi Alayi qu’il avait rencontré au festival de Cannes en 2006. Elle avait une vingtaine d’années. Elle a dénoncé des faits de harcèlement moral mais aussi raconté des rendez-vous qui s’était très bien passés. Jusqu'à une agression à son domicile de New York, qualifié d’acte sexuel criminel par la justice. L’autre plaignante a voulu rester anonyme. Elle a porté plainte pour un viol dans un hôtel New-Yorkais en mars 2013.

Harvey Weinstein ne sera donc jugé que pour ces deux affaires mais l’accusation a fait citer comme témoins au moins quatre autres femmes qui dénoncent des faits prescrits, dont une actrice de la série Les Sopranos.

Que risque le producteur ? 

Il risque gros. La prison à vie. Et ce n’est pas un risque théorique. Ces proches disent qu’il est terrorisé à l'idée de finir ses jours en prison, ce qui sera le cas si les jurés le déclarent coupable.

Mais son avocate est persuadée de pouvoir le faire acquitter. Elle s’appelle Donna Rotunno, elle a 43 ans, c’est une pénaliste de Chicago, spécialiste de la défense des hommes accusés de viols et d’agression sexuelles. Elle en a déjà fait acquitter une quarantaine. Sa méthode c’est de dire que c’est parole contre parole, qu’il n’y a pas de preuve, que le doute doit profiter à l’accusé.

En l'occurrence elle va faire valoir le fait que les deux plaignantes ont gardé des contacts avec le producteur après les faits. La plaignante anonyme reconnaît qu’elle a été la maîtresse de Weinstein avant et après le viol. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’ait pas été violée. Mais Donna Rotunno qu’on surnomme la Bouledogue des prétoires va s’en servir pour affaiblir les accusatrices.

En face les plaignantes seront défendues par une autre star du barreau. Une avocate féministe de 78 ans, Gloria Allred. Elle défendait les victimes de l’acteur Bill Cosby qui vient d'être condamné à trois ans de prison. Il y a 15 ans elle avait obtenu 125.000 dollars pour une actrice qui accusait déjà Harvey Weinstein.

Pendant six semaines à partir de ce lundi, ces deux avocates vont s’affronter à l’audience et après les audiences. Elles seront présentes sur tous les plateaux de télévision pour commenter ce procès qui s’annonce comme le plus médiatique aux Etats-Unis depuis celui du footballeur vedette OJ Simpson.

Quelque soit le verdict Harvey Weinstein aura marqué l’histoire et tout perdu

Qu’il soit acquitté ou condamné, il n’est déjà plus rien. Sa femme est partie en courant au début de l’affaire avec ses deux enfants sous le bras. Son frère l’a lâché, sa société l’a viré, le cinéma et l'académie des Oscars l’ont répudié. Il a perdu une grande partie de sa fortune, estimé avant l’affaire à 150 millions de dollars.

Il a perdu sa réputation, sa toute puissance, son pouvoir, son influence. A 67 ans, ce colosse d’un mètre 84 et 135 kilos n’a plus d’avenir. Mais surtout quoi qu’il arrive son nom restera attaché à un mouvement inédit de révolte des femmes dans le monde entier. Le mouvement MeToo c’est lui, ou plutôt c’est contre lui.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, les enquêtes contre du New York Times et du New Yorker avait été publié les 5 et 10 octobre 2017. 3 jours après seulement, apparaissait le hashtag MeToo aux états unis et en Angleterre. “Yo tambien” en Espagne, “moi aussi” dans toute les langues, “Balance ton porc” en France. “Maintenant raconte" dans les pays arabes. "La fois où" en Italie.

Le 15 octobre l’acteur Kevin Spacey était accusé puis viré de la série House of cards. Le 20 octobre en France c’est le prédicateur musulman Tariq Ramadan qui était dénoncé pour la première fois. Le 1er novembre le ministre de la Défense britannique démissionne, puis le vice-Premier ministre. Avant la fin du mois de novembre, deux stars de la télé américaine sont virées dont le célèbre Charlie Rose.

"Continuer à faire peur aux hommes qui font mal aux femmes"

Des chefs d’orchestres, des acteurs, des hommes politiques, des journalistes sont emportés par la tempête, le tsunami dont on a pas encore mesuré toutes les conséquences.

Gloria Allred, l’avocate féministe qui va défendre les accusatrices de Weinstein estime que ce mouvement mondial a fait que la peur a changé de camp. Et sa mission dit-elle est de "continuer à faire peur aux hommes qui font mal aux femmes".

Nicolas Poincaré