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France-Angleterre: du Moyen Âge au Brexit, pourquoi la rivalité est aussi forte

Avant le quart de la finale de la Coupe du monde entre la France et l’Angleterre, ce samedi (20h), Nicolas Poincaré revient sur la rivalité historique entre les deux pays, dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story.

La France et l'Angleterre s'affrontent ce samedi en quarts de finale de la Coupe du monde au Qatar. Une affiche très particulière parce qu’en dehors du sport, la France et l'Angleterre ont une longue histoire de rivalité. Les Français et les Anglais se détestent depuis au moins 1.000 ans… Au Moyen Âge en France, “fils d’Anglais” était la pire des injures. Ensuite, on leur a dit “merde” à Waterloo: le général Cambronne leur a dit merde pour signifier qu’il refusait de se rendre.

Quant aux Anglais, ils ont toujours considéré que les Français étaient malhonnêtes, tricheurs, querelleurs, cyniques, arrogants, râleurs et surtout… sales. Il y a en anglais d'innombrables blagues sur l'hygiène douteuse des "froggies", des grenouilles.

Une rivalité qui vient de toutes les guerres que nous nous sommes livrées. Peu de pays dans le monde se sont plus fait la guerre que les Français et les Anglais. On ne risque pas de l'oublier quand on va à Londres et qu’on arrive dans la gare de Waterloo…

Tout a commencé il y a 1.000 ans, lorsque Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, s’est installé sur le trône du roi d’Angleterre. C’est la seule fois dans leur histoire que les Anglais ont été envahis et battus militairement sur leur île. Forcément, ça les a marqués.

Deux cent ans plus tard, Edouard III a pris sa revanche. C'était un roi anglais qui ne parlait qu’une seule langue, le français, mais qui a conquis l'Aquitaine et lancé la guerre de 100 ans, pendant laquelle Jeanne d’Arc a tenté de bouter les Anglais hors de France avant de finir brûlée sur le bûcher, à Rouen, qui était une possession anglaise. Tout cela laisse des traces.

Sans parler de l’affaire des bourgeois de Calais. Les troupes du roi d’Angleterre encerclent Calais et proposent d'épargner la population à condition que les six principaux bourgeois de la ville se rendent à eux. En chemise, pied nu et la corde au cou, pour être pendus. Finalement, ils seront épargnés, graciés par la reine. Mais cela s’est passé il y a 675 ans, et on en parle encore. On enseigne encore dans les écoles françaises l’histoire de cette humiliation que les Anglais nous ont fait subir.

Dans les moments les plus tragiques, la France et l'Angleterre savent aussi s’unir

Et les guerres franco-anglaises ne se sont pas arrêtées avec la guerre de 100 ans. Les Français et les Anglais se sont affrontés un peu partout dans le monde. Les Français, avec Lafayette, ont aidé les Américains à prendre leur indépendance. L'armée anglaise a été battue à la bataille de Yorktown, ce qui a entraîné pour eux la perte de l’Amérique, leur plus importante colonie. Et le traité qui reconnaît l'indépendance des Etats-Unis a été signé à Paris. Ce qui pour le coup est une humiliation pour les Anglais.

Aujourd'hui, que reste-t-il de cette rivalité? Des conflits commerciaux. On l'a vu avec le Brexit, la France a été en première ligne pour demander un accord dur si les Anglais sortaient de l'Europe. Le conflit sur les zones de pêche dans la Manche a été violent. Les Anglais nous reprochent aussi de ne pas assez lutter contre l’immigration clandestine à partir de Calais.

Il reste aussi des agacements mutuels, des politiques en Angleterre qui savent qu’ils ne sont jamais plus populaires que lorsqu’ils critiquent la France. Et des tabloïds qui font leurs meilleures ventes lorsqu’ils insultent la France…

Mais il faut quand même rappeler que dans les moments les plus tragiques, la France et l'Angleterre savent aussi se retrouver et s’unir. En 1914-1918, 760.000 soldats anglais sont venus mourir en France. Le 6 juin 1945, les Anglais ont débarqué en Normandie.

Et puis en novembre 2015, quatre jours après les attentats du Bataclan et du Stade de France, un match de foot France-Angleterre a eu lieu à Londres. Les paroles de la Marseillaise ont été projetées en grand et 80.000 Anglais ont chanté l’hymne en français. Par solidarité. Il arrive donc que l’on ne se déteste pas entre Français et Anglais…

Nicolas Poincaré