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Guerre en Ukraine: qui a détruit le barrage de Kakhovka et pourquoi?

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré revient sur la destruction du barrage de Kakhovka, dans le sud de l’Ukraine, dont s’accusent mutuellement les deux camps.

Une immense inondation qui fait de gros dégâts en Ukraine. C’est le résultat de l’explosion d’un barrage, dont la Russie et l’Ukraine se rejettent la responsabilité. Cela se passe au sud de l'Ukraine, au bord du Dniepr, ce puissant fleuve qui coupe le pays en deux. Dans les années 1950, les Soviétiques ont construit six barrages sur le fleuve, dont le plus grand, celui de Kakhovka. C’est à la fois un barrage, une centrale hydroélectrique et un pont. Le fleuve est aussi dorénavant une ligne de front. Les Ukrainiens sont au nord et les Russes au sud. Mais ce sont les troupes russes qui tiennent le barrage et les installations électriques…

Des explosions ont détruit l’ouvrage ce mardi matin, ouvrant une large brèche, et aussitôt les flots se sont déversés, parce que c’est un des plus grands lacs de barrage d’Europe. Le barrage de Kakhovka a créé un lac artificiel de 240 kilomètres de long, la distance de Paris à Lille. 240 km de long sur 23 km de large. C’est un lac qui est 60 fois plus grand que le plus grand lac artificiel de France, celui du barrage de Serre-Ponçon. On parle donc d’une quantité d’eau énorme et ces flots vont provoquer des inondations au sud du barrage, au niveau de la ville de Kherson, et jusqu’au delta du fleuve, là où il se jette dans la mer Noire. Pas des inondations passagères mais un bouleversement écologique pour des années…

Déjà 17.000 civils ont été évacués en urgence. Des trains et des bus ont été affrétés pour éloigner les habitants, mais ce n’est qu’un début. Du coté de Kherson, le niveau de l’eau a déjà monté de 3,50 m et un millier de maisons sont sous l’eau. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky parle de la plus grande catastrophe environnementale causée par l’homme en Europe depuis des décennies…

Ce lac de barrage sert aussi à refroidir la plus grande centrale nucléaire d'Europe, Zaporijjia, qui se trouve à l’autre extrémité du lac mais qui tourne actuellement au ralenti. L’Agence internationale pour l'énergie atomique estime qu’il n’y a pas de danger pour le moment.

Une action russe pour perturber la contre-offensive ukrainienne?

L’Ukraine accuse la Russie d’être à l’origine de l’explosion, mais les Russes démentent. Les Ukrainiens ont aussitôt accusé les Russes d’avoir miné le barrage et de l’avoir fait exploser. Alors que le porte-parole du Kremlin affirmait qu’il s’agit sans équivoque d’un acte de sabotage qui a été planifié et réalisé sur ordre de Kiev. Selon lui, les Ukrainiens auraient bombardé le barrage…

Les occidentaux, eux, ont vite tranché entre ces deux versions. Londres accuse Moscou d'être responsable de ce crime de guerre. Pour les Allemands, cela correspond bien à la façon dont Vladimir Poutine mène cette guerre. Le secrétaire général de l’Otan est scandalisé, l’Europe compte demander des comptes à la Russie… A noter que les Américains sont plus prudents et disent de pas savoir ce qu’il s’est passé exactement.

On peut se demander à qui profite le crime. Les Russes font remarquer que le canal qui alimente la Crimée en eau potable part du lac de Kakhovka. Les Ukrainiens, selon eux, ont donc tenté de priver d’eau la péninsule annexée par la Russie.

Mais la première conséquence de la destruction du barrage, c’est surtout que le Dniepr va devenir un fleuve infranchissable sur toute sa partie ouest, avec ses rives inondées des deux côtés. Ce qui rend impossible toute offensive à partir de la région de Kherson et en direction de la Crimée. La grande contre-offensive ukrainienne est attendue depuis des semaines. On la dit imminente. Mais elle ne pourra pas avoir lieu à l’aval de Kakhovka. Les Russes, si c’est eux qui ont fait sauter le barrage, se seraient donc protégés en créant des dizaines de milliers d’hectares de marécage. Et ils vont pouvoir concentrer leurs troupes ailleurs… Ce n’est pas une surprise pour les Ukrainiens, qui avaient souvent évoqué cette menace.

Nicolas Poincaré